(Fin de janvier.)
Avant de quitter Paris, Napoléon jette un dernier coup d'oeil sur la
Belgique.
Il avait organisé de ce côté une nouvelle armée du nord, et en avait
donné le commandement au général Maisons, que l'on distinguait déjà
parmi les jeunes généraux auxquels la succession des vieux maréchaux
était réservée. Le premier exploit du nouveau commandant en chef avait
été de dégager l'Escaut. Cette opération, soutenue le 11, le 12 et le 13
janvier, par une suite de combats honorables, avait procuré quelques
délais nécessaires pour perfectionner la défense de cette frontière.
Mais le général russe Wintzingerode, qui vient de passer le Rhin à
Dusseldorf, amène un nouveau corps d'armée contre nos provinces du nord.
Ainsi les Prussiens de Bülow, les Anglais de Graham, et les Russes de
Voronsof et de Wintzingerode, sont autant de corps d'armée que le
général Maisons doit contenir. Pour remédier à l'infériorité du nombre,
Napoléon confie Anvers au général Carnot.
Quant aux places de Wesel, de Juliers, de Maestricht et de Vanloo, le
duc de Tarente y a jeté des garnisons, en abandonnant la Basse-Meuse,
pour se replier sur les Ardennes. Le 18 janvier, ce maréchal était de sa
personne à Namur: Napoléon lui envoie courrier sur courrier pour qu'il
accélère sa marche sur Châlons.
A Paris, tous les hommes que les dépôts militaires environnants ont
habillés et armés, tous ceux que les garnisons de l'ouest et des côtes
du nord ont équipés, tous les détachements que les gardes nationales de
Bretagne et de Normandie, peuvent fournir, sont à mesure qu'ils
arrivent, passés en revue par Napoléon lui-même et dirigés aussitôt du
Carrousel sur Châlons.
Pour annoncer sa prochaine arrivée aux troupes, Napoléon fait partir le
prince de Neufchâtel: ce prince quitte Paris le 20 janvier[14].
[Note 14: Dans le nombreux état-major qui accompagne le prince de
Neufchâtel, on distingue le lieutenant-général Bailly de Monthion, le
maréchal de camp Alexandre Girardin, les colonels Alfred de Montesquiou,
Arthur de Labourdonnaye, Fontenille, Lecouteux, le commissaire
ordonnateur Leduc, secrétaire particulier du prince, et le capitaine
Salomon, chargé du détail du mouvement des troupes.]
Enfin, dans une dernière audience aux Tuileries, Napoléon rassemble les
chefs qu'il vient de donner à la garde nationale de la capitale. Il
reçoit le serment de MM. de Brancas, de Fraguier, de Brevannes, Acloque,
et de tant d'autres. «Je pars avec confiance, leur dit-il; je vais
combattre l'ennemi, et je vous laisse ce que j'ai de plus cher:
l'impératrice et mon fils!»
Le 23 janvier, Napoléon signe les lettres-patentes qui confèrent la
régence à l'impératrice; le 24, il lui adjoint le prince Joseph, sous le
titre de lieutenant-général de l'empire. Dans la nuit il brûle ses
papiers les plus secrets; il embrasse sa femme et son fils[15]; et le
25, à trois heures du matin, il monte en voiture.
[Note 15: Pour la dernière fois!...]