«Au nom du ciel! ces attaques sont-elles dangereuses! Reverrons-nous
bientôt la signora?...
L'HOMME RAISONNABLE (prenant une prise de tabac).
«Difficilement, car la signora est morte cette nuit, au coup de deux
heures.»
Cette catastrophe de la représentation de _Don Juan_, de Mozart,
racontée ainsi par un indifférent à Hoffmann, à une table d'auberge,
le lendemain de cette nuit qui avait transfiguré l'amateur en pur
esprit, nous rappelle la mort de madame Malibran, la plus extatique
apparition de la beauté, de l'enthousiasme et de la musique incréée,
morte aussi d'excès d'impression musicale, après une représentation de
Mozart. N'ai-je pas vu aussi un rossignol tomber de la branche, après
avoir chanté jusqu'à la mort, pour sa compagne, le coeur éclaté de
mélodie?...
Si je devais renaître sur la terre, je demanderais de renaître avec le
génie de Mozart ou de Rossini, et avec la voix de Malibran, préférant
leurs notes aux plus beaux vers, et la langue de l'infini à la langue
des mots. Les hommes parlent, les anges chantent.