Voilà le pauvre artiste étranger seul devant le lit vide de sa mère,
dans une chambre haute et sombre d'une hôtellerie à Paris; et, pour
comble de contraste entre son coeur et son art, tout en pleurant il
faut chanter.
La lettre qui suit la sépulture fait frissonner. Le jour est pris pour
un concert d'où dépend son pain et le pain de son père, et le payement
des funérailles de sa mère; concert où l'on doit exécuter une de ses
compositions et où il doit diriger lui-même l'orchestre! Écoutez le
récit fait le lendemain à son père. «Je priai Dieu d'y suffire, et
voilà! La symphonie commence; Raff était à côté de moi, et dès le
milieu du premier allegro il y avait un passage que je savais devoir
plaire. Tous les auditeurs furent ravis, et il y eut un immense
applaudissement; mais comme je savais en l'écrivant quel effet
produirait ce passage, je l'avais fait reparaître à la fin, puis
répéter encore; les mains partirent, et les bravos s'unirent au choeur
des instruments. Aussitôt après la fin j'allai dans ma triste joie au
jardin du Palais-Royal. Je dis le chapelet, comme je l'avais promis à
l'âme de ma mère, et je rentrai dans sa chambre vide!...»
Arrêtons-nous là, et, après avoir raconté le musicien, écoutons la
musique.