Je refuse toute invitation et laisse Marinette exercer sa séduction
«ravageante» à travers les excursions, pique-niques, thés, parties de
tennis, de golf...
Elle est si habituée à ma sauvagerie, qu’elle ne s’étonne pas du soin
que j’apporte à me dérober aux trop nombreuses «connaissances»
retrouvées ici.
Tout au plus, quand elle en a le loisir, quand ses flirts, ou le regret
de Mme Valprince ne l’absorbent pas, elle me taquine sur les promenades
que je fais ouvertement avec Meillane, qui, en qualité d’ami de Paul, ne
nous quitte guère. A peu près chaque soir, nous dînons ensemble, ou nous
nous retrouvons dans l’un ou l’autre de nos hôtels respectifs.
Lundi, Paul, mis en fuite par un «thé» en société qui ne l’amusait pas,
a demandé à nous accompagner.
Quand mon ami est venu me prendre, il a trouvé le bon Paul qui fumait
devant le perron, attendant que je fusse prête. De ma fenêtre, j’ai vu
sa mine, à l’annonce de ce compagnon de promenade; et distraite une
seconde de ma propre déception, je me suis mise à rire derrière mon
rideau, tant il avait l’air exaspéré contre Paul, qui, bien innocent,
s’exclamait sur son plaisir d’aller, avec nous, revoir l’hospice de la
Bernina.
C’est vrai que cette excursion à trois a été odieuse de banalité... une
promenade perdue!...
Et les jours fuient si vite! Ils me semblent une eau lumineuse, qui
filtre entre mes doigts, serrés en vain pour la retenir.
Une dernière semaine... Et puis ce sera le réveil... Lui aussi ne peut
l’oublier. A combien de choses je le sens!