Histoire de la Semaine. _Portraits de MM. Thiers et Guizot_.--Théâtres.
Le Ménage parisien; Marjolaine; Paris bloqué.--Courrier de Paris. _Un
Dîner de la Saint-Charlemagne; Une Réunion d'ouvriers dans les caveaux
de Saint-Sulpice; Bouffé dans l'Oncle Baptiste_.--Approvisionnements de
Paris. Marché Bonne-Nouvelle. _Entrée du Marché sur l'impasse Mazagran;
Vue du Marché_.--Hasard et Calomnie, nouvelle traduite de l'allemand, de
Vilhelmine Willmar. _Une Gravure_.--Pénitencier militaire de
Saint-Germain.--_Sept Gravures_.--Académie des Sciences. Compte rendu
des second et troisième trimestres de 1843.--Romanciers contemporains.
Charles Dickens. Expériences américaines; Martin prend un associé;
Vallée d'Eden en perspective. (Suite.) _Une Gravure_.--Chasses d'Hiver.
La Chasse aux Canards. _Une Gravure.--Une Caricature
anglaise_.--Bulletin bibliographique.--Annonces.--Amusements des
Sciences. _Une Gravure_.--Lettre d'un Abonné de Bordeaux.
_Gravure_.--Rébus.
Histoire de la Semaine.
[Illustration: M. Thiers.]
Toute la semaine a encore été remplie, par la discussion de l'adresse de
la Chambre des Députés, dont les débats ont eu une élévation et une
importance qui rappellent les époques les plus brillantes de nos luttes
parlementaire? Trois orateurs en ont principalement porté le poids: M.
Guizot, M. Thiers et M. Billaut. Au moment où nous mettions notre
dernier numéro sous presse, M. Billaut montait à la tribune et, dans une
de ces revues complètes, ingénieuses, piquantes, comme il sait les
faire, et dont la manière incisive ne l'orateur double encore l'effet et
l'éclat, examinait tous les actes de la politique extérieure du cabinet,
et mettait en relief ce qu'il regarde comme ses failles. Cette attaque a
amené le lendemain à la tribune M. le ministre des affaires étrangères,
qui s'est efforcé de suivre pas à pas, d'emboîter son adversaire, et de
démontrer que là où l'on avait cru voir de la faiblesse il n'y avait eu
que de la prudence. Ainsi se serait terminée la dernière semaine
parlementaire si un débat que nous avions pressenti et annoncé, la
vérification de l'élection de M. Charles Laffitte, n'était venu ajouter
à ces grandes journées oratoires un intérêt épisodique. Nous y
reviendrons tout à l'heure. La séance de lundi a été une des plus
importantes dont mémoire de député ait conservé le souvenir. M. Thiers
s'était montré, dans le premier discours dont nous avons précédemment
fait mention, orateur plein d'habileté et d'apparent abandon, adversaire
d'autant plus redoutable que la mesure était toujours parfaitement
gardée. Examinant cette fois notre situation extérieure, il a traité la
question des alliances, les conditions auxquelles elles se forment,
leurs causes naturelles et leurs causes momentanées, non plus en
orateur, mais en homme d'État qui a profondément réfléchi sur un
difficile sujet, et qui, s'en étant rendu maître, peut le résumer d'une
façon claire et saisissante pour tout le monde. Son exposé renfermait la
condamnation de la politique actuelle. M. Guizot, toujours infatigable
et le seul athlète du ministère que la majorité, voie avec confiance
monter à la tribune, lui a succédé. Sa parole a toujours été éloquente,
mais moins inspirée et moins heureuse que lorsqu'il avait répondu à M.
Berryer. Comme ce dernier, dans cette occasion nouvelle, il avait à se
défendre, et le discours de M. Thiers avait été si élevé et si peu
personnel, qu'à une défense il était impossible de substituer, aux
applaudissements de la Chambre, une attaque et des récriminations. M.
Guizot l'a senti, il a accepté et subi les conséquences de cette
situation.--On a vu reparaître les mêmes orateurs sur plusieurs autres
paragraphes de l'adresse; mais, dans toute cette discussion, on a paru
moins préoccupé des scrutins auxquels on procédait, que du travail
intérieur qu'elle semble devoir assez prochainement amener dans le sein
de la majorité. Il n'y a pas d'exemples, que nous sachions, d'un
ministère renverse par les votes d'une discussion d'adresse. En 1839, le
ministère du 15 avril eut la majorité. Une louable susceptibilité la lui
lit regarder comme insuffisante; mais il avait, lui aussi, la majorité.
Ce n'est point aux premiers coups de feu que les changements de front
s'opèrent et que les gros bataillons se dissolvent. Quand, dans une
première attaque, un parti a montré de l'ensemble, de la précision, de
l'habileté; quand il a su, par sa discipline, inspirer confiance à la
portion incertaine de ses adversaires, il s'opère ensuite dans leurs
rangs une fermentation qui ne tarde pas à éclater. On a déjà cru en voir
un symptôme dans un simple vote d'ajournement de discussion demandé par
M. Thiers et obtenu par une majorité composée de la gauche, du centre
gauche et de cette partie du centre qui a toujours passé pour prêter au
cabinet actuel un concours sans sympathie réelle, et pour croire qu'une
alliance était possible entre le centre gauche et elle, dès que les
chefs de ces deux fractions trouveraient un terrain commun.
Nous revenons au malencontreux élu de Louviers. Nous avons dit le
reproche qui lui était adressé: son élection, avait-on publié par
avance, était le résultat, le produit d'un marché. M. Grandin, député
d'Elbeuf, est venu exposer ses griefs. Le choix de l'agresseur n'était
pas le plus heureux possible; car il était facile de répondre, comme on
l'a fait, que c'était là une lutte de deux villes rivales. L'attaque
n'était pas assez habile pour faire disparaître ce que le choix avait de
mal entendu, et il est probable, que, si l'on eût voté immédiatement,
les assertions de M. Grandin n'eussent pas été considérées comme
suffisamment probantes, et que M. Charles Laffitte eût été admis.
Malheureusement pour le nouvel élu il a demandé à répondre. Il l'a fait
sans l'embarras qui accompagne d'ordinaire et protège en quelque sorte
un début; et c'est avec une confiance parfaite et un aplomb que beaucoup
de vétérans de la Chambre envieraient, qu'il est venu confirmer par ses
incroyables déclarations tout ce qu'avait avancé M. Grandin. Il s'était
proposé de combattre ses conclusions, il en rendait l'adoption
inévitable; et quand ses déclarations agitaient la Chambre, il n'en
était en rien décontenancé, mais laissait voir un étonnement qui
semblait dire: Mais où suis-je donc ici? est-ce que j'aurais affaire à
d'honnêtes gens? Ce maladroit plaidoyer et la demande faite par M.
Dufaure d'une enquête ont déterminé presque unanimement la majorité à se
joindre à la gauche et à casser immédiatement cette élection.
[Illustration: M. Guizot.]
Pour ceux qui ne regardent pas comme probable un changement de cabinet,
un mouvement prochain semble assez vraisemblable. M. de Bastard,
président de chambre à la Cour de cassation, vient de mourir; M.
Laplagne-Barris est d'avance désigné, pour le remplacer; mais en même
temps un autre président de la Cour souveraine, M. Zangiacomi, serait
amené par des considérations de famille à abandonner son siège à M.
Martin (du Nord), que M. le procureur-général Hébert remplacerait à la
chancellerie. Voilà ce qu'à la salle des conférences du palais Bourbon
l'on regarde comme arrêté, ainsi que dans la chambre du conseil de la
Cour de cassation, fort émue depuis quelques jours des débats de
l'affaire de M. Defontaine, juge suppléant du ressort de Douai, cité
devant elle pour être allé à Belgrave-Square, de la correspondance à
cette occasion de M. Madier de Montjean avec quelques journaux, et de la
publicité donnée, on ne sait trop comment, à la discussion secrète de
toute cette affaire.
Nos nouvelles extérieures ont été peu nombreuses et peu certaines. Nous
avons lu dans la _Gazette navale et militaire_, journal qui a cependant
un caractère presque officiel en Angleterre, la note suivante, qui, si
elle se continuait, pourrait servir d'explication aux moqueries dont les
feuilles de Londres, comme nous le remarquions précédemment,
accompagnaient la nouvelle de l'envoi de missions française, américaine
et danoise dans le Céleste Empire: «Nous apprenons que le major
Pottinger, défenseur héroïque d'Hérat, est porteur du traité additionnel
de la Chine, par lequel sir Henri Pottinger a si sagement mis nos
relations à unir avec la Chine à l'abri des intrigues, des cabales
d'_une bande d'ambassadeurs_ et envoyés des Etats européens et _des
Etats repoussés._»--On a dit aussi qu'un successeur avait été donné au
contre-amiral Dupetit-Thouard dans la mission qu'il remplit avec fermeté
dans l'océan Pacifique. Tous ces bruits, nous le répétons, ont besoin de
confirmation.--La _Gazette de Turin_ annonce que le consul sarde s'est
retiré de Tunis, mais que le consulat est géré par le vice-consul, et
que ses relations diplomatiques ne sont pas interrompues. Déjà la Porte
s'est interposée, et la France ayant offert sa médiation, qui a été
acceptée, les chances de collision se sont bien affaiblies.--Des lettres
de Tanger parlent de nouvelles et graves difficultés survenues entre la
France et le Maroc.
Le procès d'O'Connell et de ses coaccusés continue à absorber toute
l'attention de l'Angleterre et tient l'Irlande dans une émotion que
l'agitateur sait entretenir et contenir. Des journaux politiques de
Londres ont cru indispensable, pour satisfaire la curiosité de leurs
lecteurs, d'ouvrir leurs colonnes aux illustrations, et des dessins,
analogues à ceux que nous avons publiés il y a huit jours, ont paru
cette semaine, dans le _Sun_, journal quotidien. Les deux premiers jours
du procès ont été remplis par le réquisitoire de l'avocat-général, qui,
de l'aveu des journaux anglais, n'a pas produit d'effet défavorable aux
accusés. Puis sont venues des dépositions qui jusqu'ici établissent
assez mal le chef de conspiration; car ce mot comporte une idée de
mystère et de secret que rendent difficile les réunions de milliers de
repealers dont les témoins, sténographes ou agents du gouvernement,
viennent taire le récit. Ces déposants se montrent assez peu contents du
rôle qu'on leur fait jouer; ils ont presque tous jusqu'ici été fort
impartiaux et fort modérés, et le second témoin, M. Ross, sténographe, a
déclaré que, s'il avait su l'emploi que le gouvernement voulait faire du
compte rendu des meetings, pour rien au monde il n'eut accepté la
mission qu'on lui a donnée. Cette déclaration a été très-favorablement
accueillie.--Ce qui n'a eu ni la même faveur, ni le même accueil, c'est
l'exigence de l'avocat-général, M. Kemmis, qui voulait que les honnêtes
jurés demeurassent, pendant tout le temps du procès, absolument isolés
de toute communication avec l'extérieur, et ne sortissent de la salle
d'audience que pour passer dans des appartements contigus qu'on leur
avait fait préparer. Un cri général s'est élevé du banc du jury contre
la prétention de M. Kemmis, qui garantissait, du reste, que les pièces
étaient chaudes et les lits excellents. «Mais, s est écrié un des jurés,
c'est donc à dire que nous subirons la prison en attendant qu'on sache
si les accusés y seront condamnés.» La Cour, investie d'un pouvoir
discrétionnaire, a décidé que les jurés iraient coucher chez eux s'ils
s'engageaient à dénoncer à la justice quiconque leur parlerait du
procès.--Cette tolérance est d'autant mieux entendue qu'un des membres
du jury est un vieillard de soixante-dix-sept ans, qui a négligé de se
faire rayer de la liste à raison de son âge, et que les accusés ont
refusé de récuser. S'il tombait malade, la cause serait nécessairement
renvoyée à une autre session. O'Connell se montre calme, souriant, et
répète souvent: «Notre cause est gagnée, quoi qu'il advienne dans cette
enceinte, si la paix se maintient en Irlande, et, Dieu aidant, elle s'y
maintiendra.»--Les débats de Dublin détourne un peu l'attention de
l'ouverture du Parlement, à laquelle la reine ira procéder le 1er
février.
En Espagne, dont l'ambassadeur, M. Martinès de La Rosa, a été reçu par
le roi, le cabinet Gonzalès Bravo continue à jouer un triste rôle. Les
élections complémentaires ont été favorables aux progressistes, et le
témoignage estime que M. Olozaga a reçu en cette circonstance de ses
concitoyens lui a inspiré une lettre de remerciements datée de Lisbonne,
dans laquelle il déclare que si, menacé dans sa demeure, il s'est
déterminé, d'après l'avis de ses amis politiques, à quitter l'Espagne,
il est prêt à y rentrer dès qu'on voudra donner suite à sa mise en
accusation, qu'il appelle de ses voeux.
--A Séville et dans la Galice, la résistance s'organise contre la loi
des municipalités.--A Madrid, le général Narvaez prend ses mesures pour
combattre les résistances, et 2 millions ont été demandés au ministre
des finances pour l'organisation et la mobilisation de trois corps
d'armée à établir dans ce but.--Ametter et un certain nombre d'officiers
sont arrivés à Perpignan, venant de la citadelle de Figuières, dont la
capitulation a été sanctionnée à Madrid.--Nous devons enregistrer le
jugement porté par un des membres les plus influents du Parlement belge,
M. Devaux, dans la discussion du budget à la Chambre des députés, contre
la marche des ministres actuels du roi Léopold: «Par une politique
toujours la même, on a voulu faire craindre au gouvernement français une
alliance avec l'Allemagne et à l'Allemagne une alliance avec la France.
La politique a été double à l'extérieur, comme la politique de M. le
ministre de l'intérieur est double à l'intérieur du pays, ce qui doit
aussi avoir le même résultat; à l'intérieur, le gouvernement flotte
entre les deux partis, s'est fait déconsidérer par l'un et par l'autre;
de même, à l'extérieur, il a eu, à l'égard de la France et de
l'Allemagne, une politique peu sincère, et il a fini par être méprisé
par l'un et l'autre pays.»--Une lettre de Rome, citée par la _Gazette
d'Augsbourg_, va au-devant de nouvelles qu'on pensait avoir déjà été
expédiées en France, et devoir y être dénaturées. Nous la citons
textuellement: «Les journaux français annonceront peut-être que des
esprits mécontents cherchent à fomenter des troubles dans notre
capitale; pour éviter toute méprise à ce sujet, nous dirons ce qui s'est
passé en réalité. Les danseurs avaient le droit de paraître sur la
scène, dans les ballets, avec des habits d'une transparence
extraordinaire. Cette tolérance, qui remonte fort loin, était un vrai
scandale. En conséquence, l'autorité avait enjoint, à l'occasion de la
réouverture du théâtre d'Apollon, aux danseurs de se vêtir plus
décemment. Le public n'a point goûté cette innovation. Dans le théâtre
et au dehors, il y a eu des rixes entre les bourgeois et les militaires;
puis quelques arrestations ont été opérées, et le calme a été
promptement rétabli.»--On lit dans le _Journal Allemand de Francfort_:
«L'interrogatoire final de MM. Haber, de Arndt et de Thouret a eu lieu
le 16 à Alzei, devant le juge d'instruction. Les débats publics auront
lieu bientôt, et le jugement ne pourra tarder à moins que les accusés ne
veuillent faire venir de Bade des témoins à décharge. Cela entraînerait
nécessairement des lenteurs. On dit en effet que les accusés ont adressé
aux autorités badoises une demande dans ce but. On pense que les
autorités mettront d'autant plus d'empressement à satisfaire à ce désir,
que M. de Haber est sujet badois.»--Une lettre de Montévideo, en date du
4 novembre, annonce que, dans la nuit du 1er au 2 novembre, un corps de
trois mille hommes étant sorti de la ville, s'est emparé de la petite
rade de Budes, qui était au pouvoir d'Oribe, a mis le feu aux magasins
et a détruit toutes les marchandises qui s'y trouvaient. Dans cette
sortie, les Montévidéens n'ont eu que vingt hommes tués; un de leurs
officiers a été fait prisonnier. Comme de leur côté ils avaient pris un
officier d'Oribe, le gouvernement a fait offrir l'échange à ce général;
mais, comme de coutume, les assiégeants ont reçu pour toute réponse la
tête de leur compatriote, à laquelle on avait coupé une oreille. M. le
ministre de la marine a dit à la tribune de la Chambre des Députés que
le gouvernement montévidéen ne pouvait tenir longtemps encore, qu'ainsi
cette triste et longue affaire touchait à son terme, et que nous étions
au moment de recueillir les fruits de la politique ferme et éclairée
suivie depuis quatre ans sur les bords de la Plata; ces paroles ont été
vivement attaquées. Pour nous, nous avouerons la crainte que M. le
ministre, en nourrissant l'espoir de voir Montévideo succomber et en
tenant pareil langage, ne se laisse, trop aller à la satisfaction
d'amour-propre que peut éprouver l'amiral signataire du traité avec
Rosas; nous craignons qu'il ne se préoccupe pas assez des dangers que
cette catastrophe, objet de ses voeux, fera inévitablement courir aux
Français qui se trouvent sur ces bords. Quels que soient le dévouement
et l'énergie bien éprouvés de nos marins, la station que nous
entretenons dans ces parages, composée seulement d'un brick et d'une
corvette, est complètement insuffisante pour protéger nos vingt mille
compatriotes au milieu du bouleversement sanglant que l'on prévoit et
que l'on regarde comme prochain.
L'Académie des Sciences morales et politiques a pourvu au remplacement
de MM. Edwards et de Gérando, qu'elle avait récemment perdus. A l'une
comme à l'autre élection le nombre des votants était de 26; à la
première, après trois tours de scrutin sans résultat, M. Frank a été élu
au ballottage: il a réuni 13 voix. M. Lélut en a obtenu 12. Il y a eu un
billet blanc.--A la seconde élection, après le même nombre de tours de
scrutin, également sans résultat, M. Lélut, prenant sa revanche, a été
nommé au ballottage: il a réuni 14 voix, M. Peisse en a obtenu 11. Il y
a encore eu un billet blanc. On dit que la discussion de l'adresse à la
chambre des Députés avait empêché de se rendre à l'Institut un certain
nombre de membres de l'Académie, qui passaient pour favorables à M.
Peisse.
Des accidents nombreux ont été, cette semaine, enregistrés dans les
journaux. Une fuite et un commencement d'incendie survenus dans une
usine à gaz située dans un des faubourgs de Paris, nous fourniront
l'occasion de parler prochainement de ces curieux et importants
établissements.--Un autre incendie a également éclaté dans l'enceinte,
voisine du Luxembourg, où se trouvait déposé le matériel dont se servait
M. le marquis de Jouffroy pour les expériences du système de chemin de
fer dont l'_Illustration_ a rendu compte dans son avant-dernier numéro.
Une lettre de M. de Jouffroy, insérée dans les feuilles judiciaires,
attribue sans hésitation ce sinistre à la malveillance.--A Reims, dans
un cours de chimie où étaient faites des expériences sur le gaz, un
endomètre a été brisé; une explosion a eu lieu, et cinq élèves ont été
blessés.--A Toulouse, une aéronaute, madame Lariet, qui s'était
embarquée dans une montgolfière imparfaite, a failli payer de sa vie ses
téméraires expériences. Elle est tombée dans la Garonne, dont les eaux
étaient considérablement grossies, et n'en a été tirée que par le
dévouement de plusieurs bateliers. C'est du reste la sixième chute
qu'elle faisait dans cette même rivière; mais celle-ci a pensé lui être
définitivement fatale.
Des crimes audacieux, dont les auteurs sont encore inconnus, ont, depuis
le commencement de ce mois, effrayé Paris et ses environs. En attendant
que la justice, dont l'activité est en ce moment absorbée en très-grande
partie par des procès de presse et des demandes en dommages civils,
parvienne à mettre la main et à faire asseoir sur les bancs de la Cour
d'assises ces meurtriers jusqu'ici anonymes, les habitués de ces sortes
de débats suivent avec une curiosité assidue ceux de l'affaire Poulmann,
assassin de l'aubergiste de Nangis. On frémit en entendant les
confessions de cet homme, en voyant le calme de cet assassin. Encore
fait-il ses réserves et renvoie-t-il après son jugement pour se livrer à
des aveux plus explicites, et un épanchement plus complet.
Outre la mort de M. le président de Bastard, que nous avons mentionnée
plus haut, nous avons à comprendre également dans ces dernières lignes
celles du maréchal comte d'Erlon, dont l'_Illustration_ a publié le
portrait accompagnant une notice (tome 1er, page 112); de sir Francis
Burdett, en Angleterre; de M. de Montferrand ancien inspecteur général
des études, nommé récemment directeur au ministère de l'instruction
publique; de M. Teillard-Nozerolles, député du Cantal, et de la veuve de
l'illustre maréchal Gouvion-Saint-Cyr.
[Mauvaise illustration]