_Coment le roy fu desparti d'Aliénor, sa femme, pour cause de lignage, et
coment il espousa une autre qui eut nom Constance, fille l'empereur
d'Espagne._
Après ce avint que je ne scay quels gens du lignage le roy vindrent à luy
et luy firent entendant, si comme voir estoit, qu'il y avoit lignage entre
luy et la royne Aliénor et que près estoient du monstrer par serment. Et
quant le roy oï ce, il respondi que contre Dieu né contre saincte églyse ne
la vouloit-il pas tenir à femme. Et pour ceste chose enquerre fist le roy
assembler au chasteau de Baugency le mardi devant Pasques-flouries Huon
l'archevesque de Sens, et fu en celle assemblée Sances l'archevesque de
Rains et Hues celluy de Rouen et celluy de Bourdeaux et plusieurs de leurs
évesques et des barons de France grant partie.
Lors se tirèrent avant grant partie de ceux qui le lignage vouloient
prouver, et firent le serment les cousins et les parens et dirent que le
roy et la royne estoient bien prochains parens; et ainsi furent départis
l'un de l'autre. Si avint après ceste séparacion que la royne Aliénor s'en
alloit en sa terre en Aquitaine; si la prist à femme le duc de Normandie
Henry qui depuis fu roy d'Angleterre. Et le roy Loys maria ses deux filles
que il avoit eues de la royne Aliénor; l'ainsnée qui Marie avoit nom donna
au conte Henry de Champaigne, et la mainsnée qui avoit nom Alaïs à son
frère le conte Thibaut de Blois.
Le roy qui selon la divine loy vouloit vivre qui commande que l'en prègne
femme selon la droicte ordonnance de saincte églyse et soient ambedeus une
mesme char, prist en espouse la fille l'empereur d'Espaigne, en espérance
d'avoir hoir masle qui après son décès gouvernast le royaume de France.
Celle dame qui Constance avoit nom envoya querre par Huon l'archevesque de
Sens. Quant il l'eut amenée, si l'oignit et couronna et elle et le roy en
la cité d'Orléans.
Après un peu de temps qu'il eurent esté ensemble conceupt la royne et
enfanta une belle fille qui fu appellée Marguerite, et depuis fu donnée en
mariage par l'atirement de la court de Rome à Henry le fils le roy
d'Angleterre et luy donna le roy Vouquessin le Normant que le roy Henry son
père luy avoit donné quittement, si comme l'ystoire a dessus devisé.
En ce temps donna Geuffroy de Gien une sienne fille par mariage à Estienne
de Sanserre, et ce fist-il par grant conseil, car il cuida bien qu'il le
deust deffendre du conte de Nevers, et avec la damoyselle luy donna Gien.
Et Hervieus fils de celluy Geuffroy vit que son père donnoit et mettoit en
aultrui main le chasteau qui sien devoit estre par héritage: si y mist
garde et deffence. Son père qui tout ce ne prisa riens, en revestit
Estienne de Sanserre et le mist en saisine et possession du chasteau.
Celluy Hervieus s'en alla au roy et se plaignit de son père qui ainsi le
deshéritoit. Après se complaignit de Estienne de Sanserre qui contre luy et
en son deshéritement avoit receu le chasteau et le tenoit contre son gré.
Le roy qui tousjours ama et soustint droit et justice ne voulut pas
souffrir que celluy Hervieus fust ainsi deshérité. Ses osts assembla et
chevaucha vers ce chasteau que celluy Estienne avoit trop bien garni de
chevaliers. Mais son corps avoit destourné[713]. Et le roy assiégea ce
chasteau et le fist assaillir à ses gens; assez tost le prist et le rendit
à Hervieus qui sien le disoit estre: atant s'en retourna le roy.