ANNEE: 1152/1154.

_Coment le roy fu desparti d'Aliénor, sa femme, pour cause de lignage, et

coment il espousa une autre qui eut nom Constance, fille l'empereur

d'Espagne._

Après ce avint que je ne scay quels gens du lignage le roy vindrent à luy

et luy firent entendant, si comme voir estoit, qu'il y avoit lignage entre

luy et la royne Aliénor et que près estoient du monstrer par serment. Et

quant le roy oï ce, il respondi que contre Dieu né contre saincte églyse ne

la vouloit-il pas tenir à femme. Et pour ceste chose enquerre fist le roy

assembler au chasteau de Baugency le mardi devant Pasques-flouries Huon

l'archevesque de Sens, et fu en celle assemblée Sances l'archevesque de

Rains et Hues celluy de Rouen et celluy de Bourdeaux et plusieurs de leurs

évesques et des barons de France grant partie.

Lors se tirèrent avant grant partie de ceux qui le lignage vouloient

prouver, et firent le serment les cousins et les parens et dirent que le

roy et la royne estoient bien prochains parens; et ainsi furent départis

l'un de l'autre. Si avint après ceste séparacion que la royne Aliénor s'en

alloit en sa terre en Aquitaine; si la prist à femme le duc de Normandie

Henry qui depuis fu roy d'Angleterre. Et le roy Loys maria ses deux filles

que il avoit eues de la royne Aliénor; l'ainsnée qui Marie avoit nom donna

au conte Henry de Champaigne, et la mainsnée qui avoit nom Alaïs à son

frère le conte Thibaut de Blois.

Le roy qui selon la divine loy vouloit vivre qui commande que l'en prègne

femme selon la droicte ordonnance de saincte églyse et soient ambedeus une

mesme char, prist en espouse la fille l'empereur d'Espaigne, en espérance

d'avoir hoir masle qui après son décès gouvernast le royaume de France.

Celle dame qui Constance avoit nom envoya querre par Huon l'archevesque de

Sens. Quant il l'eut amenée, si l'oignit et couronna et elle et le roy en

la cité d'Orléans.

Après un peu de temps qu'il eurent esté ensemble conceupt la royne et

enfanta une belle fille qui fu appellée Marguerite, et depuis fu donnée en

mariage par l'atirement de la court de Rome à Henry le fils le roy

d'Angleterre et luy donna le roy Vouquessin le Normant que le roy Henry son

père luy avoit donné quittement, si comme l'ystoire a dessus devisé.

En ce temps donna Geuffroy de Gien une sienne fille par mariage à Estienne

de Sanserre, et ce fist-il par grant conseil, car il cuida bien qu'il le

deust deffendre du conte de Nevers, et avec la damoyselle luy donna Gien.

Et Hervieus fils de celluy Geuffroy vit que son père donnoit et mettoit en

aultrui main le chasteau qui sien devoit estre par héritage: si y mist

garde et deffence. Son père qui tout ce ne prisa riens, en revestit

Estienne de Sanserre et le mist en saisine et possession du chasteau.

Celluy Hervieus s'en alla au roy et se plaignit de son père qui ainsi le

deshéritoit. Après se complaignit de Estienne de Sanserre qui contre luy et

en son deshéritement avoit receu le chasteau et le tenoit contre son gré.

Le roy qui tousjours ama et soustint droit et justice ne voulut pas

souffrir que celluy Hervieus fust ainsi deshérité. Ses osts assembla et

chevaucha vers ce chasteau que celluy Estienne avoit trop bien garni de

chevaliers. Mais son corps avoit destourné[713]. Et le roy assiégea ce

chasteau et le fist assaillir à ses gens; assez tost le prist et le rendit

à Hervieus qui sien le disoit estre: atant s'en retourna le roy.

Les grandes chroniques de France (3/6) selon que elles sont conservées en l'Eglise de Saint-Denis · 第 358 / 369 题