ANNEE: 1150.

_Coment le roy aida Henry, fils le conte d'Angiers, à conquerre

Normandie, et cil li en fist hommaige; et coment il se révéla contre luy._

Après ce que le roy Loys fu repairié de la voye de la terre d'oultre mer ne

demoura pas moult que Jouffroy le conte d'Anjou et Henry son fils qui

depuis fu roy d'Angleterre vindrent devant le roy de France et firent leur

complainte du roy Estienne d'Angleterre, et luy monstrèrent que il leur

tolloit par sa force le duchié de Normandie et le royaume d'Angleterre. Et

le roy qui vouloit tenir à droit tous ceux qui soubs luy estoient si comme

il appartient à dignité de roy, et garder à chascun sa droicture, manda ses

osts et entra en Normandie et la prist et puis la rendit à Henry le fils au

conte d'Angiers et puis le receut à homme lige de celle terre mesme. Et

celluy Henry, pour ceste bonté et ceste ayde que le roy luy avoit faicte,

luy donna par ottroy de son père le Vouquessin Normant qui est entre

Epte[711] et Andelle tout quittement. En celle terre sont ces chasteaux et

forteresses: Gisors, Néauffle, Estrepagny, Dangu, Gamaches, Haracheville,

Chasteauneuf, Baudemont, Bray, Tornay[712], Bucaille, Nogent sur Andelle.

Note 711: «Inter _Itam_ et Andelam.» C'est bien l'Epte, et non pas

l'_Iton_, comme a traduit sans réflexion M. Guizot.

Note 712: _Tornay._ L'_Hist. glor. regis Lud._ porte _Tornucium_.

C'est donc plutôt _Tourny_, aujourd'hui village à trois lieues des

Andelys, que _Gournay_, d'après la leçon préférée par dom Brial.

Par ceste manière que vous avez oï restora et rendi le roy Loys Normandie

au tricheur Henry, né pas n'apperceut la tricherie et la desloyauté qu'il

luy basti depuis et pourchassa. Car l'ystoire racompte qu'il se contint

vers luy selon le proverbe au villain qui dit que quant plus on essauce

felon et desloyal de tant plus s'enorgueillist.

En ceste manière ouvra celluy Henry vers le roy Loys son seigneur qui duc

de Normandie l'avoit fait; et comme orgueilleux et rebelle refusa à faire

et prendre droit en sa court. Le roy qui ceste chose prist en grief et en

eut grant desdaing s'en alla à grant ost au chasteau de Vernon et le prist;

puis en tolli un autre qui a nom le Neuf-Marché. Au derrenier quant celluy

tricheur Henry vit qu'il ne pourvoit durer, si se tourna à mercy en la

manière de tricherie de Regnart; et faignit vraye humilité affin qu'il

peust recouvrer ce qu'il avoit perdu: et promettoit faulsement que jamais,

jour qu'il vesquist, ne dresseroit la teste vers son seigneur. Et le roy

qui tousjours fu doux et débonnaire luy monstra lors mesme sa grant

débonnaireté, car il luy rendit les deux chasteaux qu'il luy avoit tolu.

Les grandes chroniques de France (3/6) selon que elles sont conservées en l'Eglise de Saint-Denis · 第 356 / 369 题