_Coment l'empereur d'Allemaigne s'en parti tantost de Jhérusalem, et s'en
ala en son païs; et le roy de France, quant il ot là séjourné un an, s'en
vint en France._
[707]L'empereur Conrat vit que l'afaire de la terre d'oultre mer estoit en
tel point que ne povoient pas bien estre les barons d'un accord de faire né
d'emprendre chose qui vaulsist, si que les preud'hommes disoient que
c'estoit hayne de Dieu; et il avoit assez à faire d'entendre à gouverner
son empire. Pour ce fist appareiller sa navie, et prist congié de ceux qui
demouroient et s'en entra ès nefs et s'en revint en son pays. Mais ne
vesqui-il mie plus de deux ans ou de trois, ainsois mourut en la cité de
Paembert[708] et enterré moult honnorablement en la maistre églyse de
l'éveschié. Moult fu bon prince, piteux et débonnaire, grant de corps, fort
et biau chevalier, bon et hardy, bien entéchié de toutes choses. Ferry son
nepveu duc de Souave de qui vous oïstes dire qu'il estoit allé en ce
pellerinage avec son oncle, fu empereur après luy. Jeune homme estoit, mais
de trop grant manière fu saige et vigoreux.
Note 707: _Gesta Lud. jun., § 27.--Guill. de Tyr, liv._ XVII, § 8.
Note 708: _Paembert._ Les _Gesta_ écrivent: _Paembort_. C'est
_Bamberg_, en Franconie.
[709]Le roy Loys de France quant il eut demouré en la terre un an entier et
ce vint au terme que on appelle au pays le passaige de mars, si fu en
Jhérusalem le jour de Pasques et sa femme et ses barons. Puis prist congié
au roy Baudouin, au patriarche et aux autres de la terre[710]. Les nefs
furent appareillées et il entrèrent ens, sans destourbier s'en vindrent en
France. Après ce que il fu revenu ne demoura pas longuement que la royne
Aliénor se délivra d'une fille qui eut nom Aalis.
Note 709: Ici, l'édition des _Historiens de France_, tome XII,
p. 201, termine la lacune qu'elle a laissée dans le texte des
_Chroniques de Saint-Denis_.
Note 710: A compter de là, nos chroniques quittent Guillaume de Tyr
et reviennent à l'_Historia gloriosi regis Ludovici VII.--Hist. de
France, t. XII_, page 127.