ANNEE: 1147.

_Coment la noble baronie des crestiens assegièrent la cité de Damas par les

jardins, dont il orent moult à faire._

[690]Damas est la greigneur cité d'une terre qui a nom la Mendre Surie, qui

est appellée par autre nom la Fenice de Libane, dont le prophète dit: Le

chief de Surie Damas un sergent d'Abraham la fonda qui estoit appellé

Damas; de luy fu elle ainsi nommée. Elle siet en un plain de quoy la terre

est are[691], stérile et brehaigne, sé ce n'est tant comme les

gaigneurs[692] la font fertille et plentureuse, par un fleuve qui descent

de la montaigne qu'il mènent par conduis et par chaneaus, là où mestier

est, devers la partie d'orient. Ès deux rives de ce fleuve croist moult

grant plenté d'arbres qui portent fruit de toutes manières. Si comme il fu

jour et l'ost des crestiens fu armé ainsi comme il estoit devisé, de toutes

leur gens ne firent que trois batailles. Le roy d'oultre mer avoit la

première, pour ce que ses gens sçavoient mieux le pays que les pellerins

estranges qui y estoient venus. La seconde fist le roy de France pour

secourre, sé mestier fust, à ceux qui les premiers alloient. L'arrière

garde fist l'empereur et ceux qui de sa terre estoient. En celle manière

s'en allèrent vers la cité, et estoit vers le soleil couchant celle part

dont nos gens venoient. Les jardins estoient devers bise qui durent bien

quatre lieues ou cinq, tous plains d'arbres si grans et si espés que ce

sembloit une grant forest, selon ce que chascun y a son jardin clos de murs

de terre: car en ce pays n'a mie plenté de pierres. Les sentiers y sont

moult estrois d'un vergier à autre; mais il y a une commune voye qui va à

la cité où va à paine un homme atout son cheval chargié de fruit. De celle

part est la cité trop forte pour les murs de pierres dont il y a tant et

pour les ruisseaux qui cueurent par tres-tous les jardins et pour les

estroictes voyes qui sont bien clouses deçà et delà. Accordé fu que par là

s'en iroit tout l'ost vers la cité pour deux choses: l'une ce fu que sé les

jardins estoient pris, la ville seroit ainsi comme desclose et demie prise;

l'autre si fu qu'il y avoit là grant plenté du fruis tous meurs par les

arbres qui grant mestier aroient en l'ost, et pour les eaues qui celle part

couroient, dont l'ost avoit bien mestier et pour les hommes et pour les

chevaux.

Note 690: _Gesta Ludov. jun._, § 20.--_Guill. de Tyr, liv._XVII, § 3.

Note 691: _Are._ Aride.

Les grandes chroniques de France (3/6) selon que elles sont conservées en l'Eglise de Saint-Denis · 第 341 / 369 题