Note 663: _Gesta Lud. jun., § 13.--Guill. de Tyr, liv. XVI, § 25._

Note 664: Ou de _Rancogne_. «De Ranconio.» Une bonne famille

françoise de ce nom existe encore. L'addition des _Gesta_ est encore

ici précieuse: «Gerebat regis banneriam quam præcedebat, prout moris

est, vexillum Beati Dyonisii quod gallicè dicitur _Oriflambe_.» Voilà

bien ici la mention précise de deux bannières, celle du roi et celle

de Saint-Denis.

Quant celluy Geuffroy fut monté en haut, à tous les gens qu'il menoit, avis

luy fu que la journée fu trop petite et qu'il y avoit encore assez du jour

à venir; ceux qui le conduisoient par le pays luy firent entendant que un

petit oultre avoit plus belle place et meilleur lieu, pour logier l'ost que

sur le tertre. Celluy les creut et se hasta d'aller là où il disoient.

L'arrière garde cuida, si comme il avoient devisé, que on se deust loger en

haut et que c'estoit près, si ne se hastèrent mie, ains commencièrent à

aller bellement.

Les Turs, qui tousjours estoient près et espioient nos gens pour sçavoir

s'il leur pourroient mal faire, virent que ces deux grosses batailles

estoient loing à loing par la voye, et entre deux, et sur la montaigne

n'avoit sé gent désarmée non. Tantost cogneurent leur avantaige; en ce se

fièrent moult que les voyes estoient roides et estroites: si que c'estoit

griefve chose de mettre nos gens ensemble. Pour ce les Turs férirent

isnellement des esperons et sourprirent le sommet du tertre, si que les

derniers de l'ost n'eussent pu venir aux premiers sé non parmy eux.

Lors commencièrent à courre à nostre gent et à traire moult espesséement

des arcs turcois et puis venoient jusques à eulx aux haches et aux espées.

Moult trouvèrent les nos à grant meschief pour ce que l'ost estoit ainsi

parti et divisié. Tant avoit de sommiers en ces voyes estroictes et

d'aultres destourbiers que les preud'hommes et les bons chevaliers qui

deffendre se vouloient et venir aux Turs ne povoient venir à eux. Assez y

eut lors à celle venue de nos gens occis, mais au dernier se commencièrent

à traire ensemble les plus preux et les plus hardis des François et

s'entreadmonestoient de bien faire et bien disoient que Turs estoient

mauvaises gens en bataille, et n'avoit guères que il le prouvèrent bien

quant il les desconfirent légièrement en plaine terre. Lors se deffendirent

vigoureusement et avec eux se rallièrent moult des autres si comme il

povoient percier. Les Turs parloient en leur langaige et s'entreforçoient

de bien faire et ramentevoient entre eux que il n'avoit guères qu'il

avoient desconfis l'empereur en bataille, qui plus grant seigneur estoit et

plus avoit gent que le roy de France.

[665]En ceste manière dura longuement la bataille fière et aspre. Les

preud'hommes se tindrent et se deffendirent durement tant comme il peurent.

Assez occirent et navrèrent de leur ennemis; mais les Turs estoient si

grant plenté de gens que quant les blessés et les navrés se tiroient

arrière, tantost revenoient les frès en leur places. Les nostres n'avoient

de quoy il peussent faire tels changes, si ne peurent plus endurer mais

furent desconfis. Trop en y eut de mors, mais plus encore en emmenèrent de

pris en liens. En celle place furent occis ou pris, ne sçay pas bien le

quel, quatre trop bons chevaliers et trop haux hommes dont le povoir de

France fu moult affoibli: le conte de Garenne, Gaucher de Monjay, Evrart de

Breteuil et Ithier de Maignac. Des aultres y eut assez qui pour le service

Jhésucrist moururent en ce jour honnorablement et glorieusement à Dieu. A

nulluy ne doivent desplaire les choses que Nostre-Seigneur fait, car toutes

ses euvres sont bonnes et droictes; mais selon le jugement des hommes ce fu

merveille comme Nostre-Seigneur ce souffri que les François qui sont les

gens au monde qui mieux le croient et plus l'honorent furent ainsi destruis

par les ennemis de la foy.

Les grandes chroniques de France (3/6) selon que elles sont conservées en l'Eglise de Saint-Denis · 第 319 / 369 题