Note 664: Ou de _Rancogne_. «De Ranconio.» Une bonne famille
françoise de ce nom existe encore. L'addition des _Gesta_ est encore
ici précieuse: «Gerebat regis banneriam quam præcedebat, prout moris
est, vexillum Beati Dyonisii quod gallicè dicitur _Oriflambe_.» Voilà
bien ici la mention précise de deux bannières, celle du roi et celle
de Saint-Denis.
Quant celluy Geuffroy fut monté en haut, à tous les gens qu'il menoit, avis
luy fu que la journée fu trop petite et qu'il y avoit encore assez du jour
à venir; ceux qui le conduisoient par le pays luy firent entendant que un
petit oultre avoit plus belle place et meilleur lieu, pour logier l'ost que
sur le tertre. Celluy les creut et se hasta d'aller là où il disoient.
L'arrière garde cuida, si comme il avoient devisé, que on se deust loger en
haut et que c'estoit près, si ne se hastèrent mie, ains commencièrent à
aller bellement.
Les Turs, qui tousjours estoient près et espioient nos gens pour sçavoir
s'il leur pourroient mal faire, virent que ces deux grosses batailles
estoient loing à loing par la voye, et entre deux, et sur la montaigne
n'avoit sé gent désarmée non. Tantost cogneurent leur avantaige; en ce se
fièrent moult que les voyes estoient roides et estroites: si que c'estoit
griefve chose de mettre nos gens ensemble. Pour ce les Turs férirent
isnellement des esperons et sourprirent le sommet du tertre, si que les
derniers de l'ost n'eussent pu venir aux premiers sé non parmy eux.
Lors commencièrent à courre à nostre gent et à traire moult espesséement
des arcs turcois et puis venoient jusques à eulx aux haches et aux espées.
Moult trouvèrent les nos à grant meschief pour ce que l'ost estoit ainsi
parti et divisié. Tant avoit de sommiers en ces voyes estroictes et
d'aultres destourbiers que les preud'hommes et les bons chevaliers qui
deffendre se vouloient et venir aux Turs ne povoient venir à eux. Assez y
eut lors à celle venue de nos gens occis, mais au dernier se commencièrent
à traire ensemble les plus preux et les plus hardis des François et
s'entreadmonestoient de bien faire et bien disoient que Turs estoient
mauvaises gens en bataille, et n'avoit guères que il le prouvèrent bien
quant il les desconfirent légièrement en plaine terre. Lors se deffendirent
vigoureusement et avec eux se rallièrent moult des autres si comme il
povoient percier. Les Turs parloient en leur langaige et s'entreforçoient
de bien faire et ramentevoient entre eux que il n'avoit guères qu'il
avoient desconfis l'empereur en bataille, qui plus grant seigneur estoit et
plus avoit gent que le roy de France.
[665]En ceste manière dura longuement la bataille fière et aspre. Les
preud'hommes se tindrent et se deffendirent durement tant comme il peurent.
Assez occirent et navrèrent de leur ennemis; mais les Turs estoient si
grant plenté de gens que quant les blessés et les navrés se tiroient
arrière, tantost revenoient les frès en leur places. Les nostres n'avoient
de quoy il peussent faire tels changes, si ne peurent plus endurer mais
furent desconfis. Trop en y eut de mors, mais plus encore en emmenèrent de
pris en liens. En celle place furent occis ou pris, ne sçay pas bien le
quel, quatre trop bons chevaliers et trop haux hommes dont le povoir de
France fu moult affoibli: le conte de Garenne, Gaucher de Monjay, Evrart de
Breteuil et Ithier de Maignac. Des aultres y eut assez qui pour le service
Jhésucrist moururent en ce jour honnorablement et glorieusement à Dieu. A
nulluy ne doivent desplaire les choses que Nostre-Seigneur fait, car toutes
ses euvres sont bonnes et droictes; mais selon le jugement des hommes ce fu
merveille comme Nostre-Seigneur ce souffri que les François qui sont les
gens au monde qui mieux le croient et plus l'honorent furent ainsi destruis
par les ennemis de la foy.