ANNEE: 1110.

_Coment le roy assiégea le chasteau de Puisat, et puis du merveilleus

assaut d'ambedeus pars. Et coment le chastel fu pris par force, et Hue

emprisonné en la tour de Chasteau-Landon, et le chastel abattu._

Quant le chasteau de Thoury fu bien garni et le roy eut fait juger Hue de

Puisat pour son deffault, car il ne daingna venir à sa semonce, si meut à

grant ost et vint jusques à Thoury. Le chasteau de Puisat fist requerre à

celluy Huon dont il estoit forclos par droit jugement. Et quant il vit

qu'il n'en feroit rien si se hasta du chasteau assiéger, et les sergens

dont il y avoit grant plenté aussi. Là péust-on véoir fier assault et

périlleux lancéis d'arcs et d'arbalestres d'une part et d'aultre qui

chéoient aussi espessement comme pluye, et les escus perçoient

soudainement; si faisoient saillir les estincelles des clers heaulmes des

grands coups que il s'entredonnoient. Et si comme les royaulx les eurent

rebouttés par force dedens la porte du chasteau, et les enclos furent

montés aux deffenses, si véissiez merveilleus assaux et périlleux aux plus

hardis gens du monde de saiettes et de quarreaux et de gros fusts et grans

lancéis de pieux agus. Et ceux de dedens lançoient sur les royaulx et par

force les firent reuser. Mais assés recouvrèrent cuer et force et se

couvrirent des escus et des huys et de quanqu'il povoient trouver. Et ainsi

recommencèrent l'assault à la porte périlleux et fort. Et firent les

royaulx amener charrios tous chargés de busche sèche et bien ointe de sain

et de gresse pour le feu boutter dedens et eulx ardoir. Et ainsi les

empoindrent à la porte et pour ce mesmement qu'il leur fissent deffence

pour les grans coups recevoir pour les grans monceaux de busche qui dessus

estoient. Et tandis comme les uns entendoient à alumer et les aultres à

estaindre par grant contens, vint le conte Thibaut qui pas n'avoit oublié

les hontes et les domaiges que il avoit eus par luy. Si se hastoit moult

d'assaillir le chasteau par ses bacheliers et par ses sergens de celle part

que l'en vient devers Chartres. Et tandis comme il hastoit ses gens de

monter contre mont le pendant des fossés, si ne garda l'euvre qu'il les vit

tresbucher contreval à trop grant meschief au parfont du fossé et se doubta

moult qu'il ne fussent mors ou occis; car les chevaliers qui par dedens

avironnoient la deffence du chasteau sur les grans destriers venoient

jusques aux murs et feroient ceulx qui montoient amont les fossés et les

faisoient tresbuchier jusques au font des fossés. Et jà estoient les

royaulx presque tous mas et faillis et ceux de dedens avoient jà presque

tout laissé l'assault et fait retraire, quant la divine puissance, à qui la

cause estoit et la vengence vouloit du tout traire à soy, suscita et esmeut

l'esperit d'un chanu prouvaire du pays qui avecques la communaulté de ses

paroisses estoit venu en l'ost, à qui Dieu donna faire, contre toute

opinion, ce que le conte Thibaut armé et toutes ses gens ne peurent faire.

Isnellement alla celluy prestre montant jusques à la suef[502], une escu

devant son pis dont il estoit couvert et mussé. Là commença à despecer

petit à petit la cloison et mettre jus; et quant il vit qu'il faisoit ce si

légèrement si commença à appeller ceulx qui emmy le champ estoient encore

tous armés, à la cloison despecer; et luy coururent aider à bonnes haches

trenchans et commencèrent à dérompre et à despecer tout; et advint une

grant merveille ainsi comme il advint jadis à Jhérico qui fu droit signe de

jugement Nostre-Seigneur; car ainsi comme sé tres-tous les murs fussent

chéus à un seul coup entrèrent dedens et l'ost du roy et les gens du conte;

dont il advint qu'il y eut moult grant plenté de ceux dedens mal mis et

blécés et entreprins, pour ce qu'il ne peurent eschiver la force de leurs

ennemis qui de toutes pars accouroient; et les aultres et Hue mesme qui

virent qu'il n'estoient pas bien asseur, dedens la forteresse des murs se

férirent en une tour de bois qui séoit dessus la mote. Et quant il

apperceut la force des gens qui de toutes pars acouroient à la tour et

lançoient dars et quarreaux, si se doubta moult et se rendi tantost et fui

pris et tous les siens et mis en bonnes prisons.

Note 502: _Suef._ Palissade. De _Sepes_.

Et quant le roy eut eu celle victoire et il eut mis en prison mains haus

hommes et riches, si habandonna l'avoir de la ville et fist bouter le feu

partout et ardoir tout le chasteau. Mais il commanda touteffois que la tour

demourast en estant, jusques à un terme qu'il mist: pour ce le fist qu'il

oï dire que le conte Thibaut tendoit à acroistre et eslargir ses marches

pour un chasteau qu'il vouloit fermer en la chastellenie du Puisat, en une

ville qui a nom Alonne[503]. Si avoit jà oublié et mis arrière le grant

bénéfice que le roy luy avoit fait. Car jà n'eust peu advenir né attaindre

là où il estoit de sa besongne sé par lui n'eust esté. Du tout en tout luy

deffendoit le roy à fermer ce chasteau; et le conte luy offroit à

desrainier par droit de bataille par la main de Andry de Baudemont le

maistre de sa terre[504], que le roy luy avoit eu ce en convenance. Et le

roy encontre ce offroit à deffendre par gaige de bataille là où il voudroit

par la main Anseaux de Gallande son séneschal que oncques ne luy avoit eu

ce en convenance. Si demandèrent ces deux barons maintes cours à faire

celle bataille, mais oncques n'en peurent nulle trouver.

Note 503: _Alonne._ Aujourd'hui petit village de Beauce, au diocèse

de Chartres.

Les grandes chroniques de France (3/6) selon que elles sont conservées en l'Eglise de Saint-Denis · 第 256 / 369 题