ANNEE: 1108.

_Coment les prélas et les barons assemblèrent à Orléans pour le coroner, et

coment les messages de Rains vindrent pour contredire le coronement, mais

ce fu trop tart._

Le noble damoiseau Loys qui, en sa jouvente, avoit desservi l'amour et la

grace de sainte églyse par la grant cure et par la grant peine qu'il avoit

mise en luy deffendre; et aussi comme il avoit soustenue la cause des

povres et des orphelins et domté et plaissié par ses vertus les tyrans et

les ennemis du règne, autressi, par la volenlé de Dieu, fu-il appelé à la

hautesce et à la seigneurie du royaume, par le commun accort et désirier

des preud'hommes et des bonnes gens. Et moult volentiers en eust esté

forsmis et bouté arrière, sé il peust estre par le pourchas et par l'engin

aux félons trayteurs qui le royaume béoient à troubler; mais par le commun

esgart aux preud'hommes et mesmement le sage Yvon, l'évesque de Chartres,

fu ordené que contre l'engin et la force aux malfaiteurs du royaume,

s'assembleroient à Orléans pour le couronner hastivement. Là fu semons

Daimbert l'archevesque de Sens et les evesques de sa province, c'est

assavoir: Gales, l'évesque de Paris; Manessier, l'évesque de Meux; Jehans,

l'évesque d'Orléans; Guyon, l'évesque de Chartres; Hues, l'évesque de

Nevers, et cil d'Aucerre droitement. Le jour de l'Invencion sainct Étienne,

au mois d'aoust, furent assembles en la cité d'Orléans; là fu sacré et

couronne à roy (par la main Daimbert, l'archevesque de Sens;) la couronne

luy mistrent au chief et luy cindrent l'espée de justice, à prendre

vengeance des malfaiteurs du règne, et du revestement du septre et des

autres aournemens, à la deffense de saincte églyse, du clergié et des

povres gens, par la voix et par la requeste du clergié et du commun peuple.

Encore n'estoit pas l'archevesque devestu des vestemens où il eut la messe

chantée, quant les messages de la ville de Rains seurvindrent qui portèrent

lettres de contradiction, parquoy il eussent destourbé le couronnement le

roy, se il féussent à temps venu: et disoient que la droiture du

couronnement au roy de France appartient à l'églyse de Rains tant

seulement, et ceste seigneurie et ce privilège en avoit dès le temps le

fort roy Clodovée que sainct Remy baptisa, et ceste droiture vouloit

tousjours avoir franchement et sans nulle fraccion; et sé nul l'en vouloit

faire tort et de rien contredire, si fust escommenié pardurablement. Et par

ceste achoison cuidèrent faire la paix de Dam Raoul lor arcevesque à cui le

roy estoit couroucié durement, pour ce que, sans son assententent, avoit

esté esleu et mis au siège l'arcevesque: et béoit à ce que, sé il n'en

peussent faire paix né accort, que, par ce, luy contredéissent et

destourbassent au couronnement. Mais, pour ce qu'il vindrent trop tart,

furent illec taisans et mués, et s'en retournèrent courouciés de leur

faute; né de rien qu'il éussent dit né fait ne reportèrent à leur seigneur

chose où il éust nul profict.

Les grandes chroniques de France (3/6) selon que elles sont conservées en l'Eglise de Saint-Denis · 第 243 / 369 题