_Coment les prélas et les barons assemblèrent à Orléans pour le coroner, et
coment les messages de Rains vindrent pour contredire le coronement, mais
ce fu trop tart._
Le noble damoiseau Loys qui, en sa jouvente, avoit desservi l'amour et la
grace de sainte églyse par la grant cure et par la grant peine qu'il avoit
mise en luy deffendre; et aussi comme il avoit soustenue la cause des
povres et des orphelins et domté et plaissié par ses vertus les tyrans et
les ennemis du règne, autressi, par la volenlé de Dieu, fu-il appelé à la
hautesce et à la seigneurie du royaume, par le commun accort et désirier
des preud'hommes et des bonnes gens. Et moult volentiers en eust esté
forsmis et bouté arrière, sé il peust estre par le pourchas et par l'engin
aux félons trayteurs qui le royaume béoient à troubler; mais par le commun
esgart aux preud'hommes et mesmement le sage Yvon, l'évesque de Chartres,
fu ordené que contre l'engin et la force aux malfaiteurs du royaume,
s'assembleroient à Orléans pour le couronner hastivement. Là fu semons
Daimbert l'archevesque de Sens et les evesques de sa province, c'est
assavoir: Gales, l'évesque de Paris; Manessier, l'évesque de Meux; Jehans,
l'évesque d'Orléans; Guyon, l'évesque de Chartres; Hues, l'évesque de
Nevers, et cil d'Aucerre droitement. Le jour de l'Invencion sainct Étienne,
au mois d'aoust, furent assembles en la cité d'Orléans; là fu sacré et
couronne à roy (par la main Daimbert, l'archevesque de Sens;) la couronne
luy mistrent au chief et luy cindrent l'espée de justice, à prendre
vengeance des malfaiteurs du règne, et du revestement du septre et des
autres aournemens, à la deffense de saincte églyse, du clergié et des
povres gens, par la voix et par la requeste du clergié et du commun peuple.
Encore n'estoit pas l'archevesque devestu des vestemens où il eut la messe
chantée, quant les messages de la ville de Rains seurvindrent qui portèrent
lettres de contradiction, parquoy il eussent destourbé le couronnement le
roy, se il féussent à temps venu: et disoient que la droiture du
couronnement au roy de France appartient à l'églyse de Rains tant
seulement, et ceste seigneurie et ce privilège en avoit dès le temps le
fort roy Clodovée que sainct Remy baptisa, et ceste droiture vouloit
tousjours avoir franchement et sans nulle fraccion; et sé nul l'en vouloit
faire tort et de rien contredire, si fust escommenié pardurablement. Et par
ceste achoison cuidèrent faire la paix de Dam Raoul lor arcevesque à cui le
roy estoit couroucié durement, pour ce que, sans son assententent, avoit
esté esleu et mis au siège l'arcevesque: et béoit à ce que, sé il n'en
peussent faire paix né accort, que, par ce, luy contredéissent et
destourbassent au couronnement. Mais, pour ce qu'il vindrent trop tart,
furent illec taisans et mués, et s'en retournèrent courouciés de leur
faute; né de rien qu'il éussent dit né fait ne reportèrent à leur seigneur
chose où il éust nul profict.