_Coment le roy Phelippe trespassa, et coment son noble fils Loys le fist
enterrer en l'abbaye Saint-Benoist-sur-Loire, où il avoit élu sépulture._
Autresi comme le damoisel amendoit et croissoit de jour en jour de valeur
et de proesce, aussi defailloit et descroissoit de jour en jour le roy
Phelippe, son père, comme cil qui, oncques puis qu'il eut prise et ravie la
contesse d'Angiers et maintenue pardessus sa loiale épouse, ne fist chose
qui soit digne de mémoire; et tant avoit esté espris de l'amour de ceste
dame, avant que il la laissast, que il n'avoit nulle autre cure, fors
d'acomplir son délit, né du roiaume gouverner ne s'entremetoit-il de rien.
Par une seule personne estoit le roiaume gouverné et conforté, ce estoit
l'atendue et l'abaiance du noble damoisel Loys, qui après luy devoit
règner, car à luy s'atendoit toute la menue gent du roiaume.
Le roy Phelippe, qui moult estoit affebloié, acoucha du tout au lit, à
Melun-sur-Saine, et mourut (en l'an soixante de son aage et de
l'Incarnation Nostre-Seigneur mil cent six,[457]) en la présence son fils
Loys. Aux obsèques fuient présens Gales, l'évesque de Paris, l'évesque de
Senlis, l'évesque d'Orléans et l'abbé Adam de Saint-Denis et maint autres
religieux preud'hommes. Le corps du roy portèrent en l'églyse Nostre-Dame.
Là veillé fu toute nuit à grand luminaire. L'en demain le fist atourner son
noble fils Loys richement, et mettre en une litière couverte de riches dras
de soie, si comme il convient à tel prince, et puis le chargea aux cols de
ses maistres sergens; et ainsi atourné le fist porter en l'abbaïe
Saint-Benoist-sur-Loire où il avoit esleu sa sépulture. Et tous jours,
comme bon fils, aloit après, une heure à pié, autre heure à cheval,
plourant et demenant grand dueil, avec tant de barons comme il avoit avec
luy. Si fu tous jours de si grant noblesse et de si grant franchise de
cuer, mesmement envers son père, que onques, en toute sa vie, troubler né
courouscier ne le voult, néis pour le desseurement de sa mère pour la
contesse d'Angiers; né boisier né fortraire le royaume par mauvais engin,
si comme seulent faire, aucunes fois, aucuns jouvenciaux.
Note 457: Il falloit: _mil cent et huit_.
Quant il fu là venu et sa compaingnie, si le fist enterrer devant le
maistre autel, au mieulx et au plus noblement que il pot deviser. Ainsi
comme ceulx disoient que luy avoient oï dire en son vivant, il ne vouloit
pas être enterré en la sépulture de ses ancesseurs les roys de France qui
ainsi comme par nature et par droit doivent gésir en l'églyse Saint-Denis
en France. Pour ce disoit par humilité que il n'en estoit pas digne. Et
pour ce qu'il n'avoit pas fait à celle églyse né aux autres, tant de biens
comme il deust, pour ce ne devoit pas être mis entre tant de nobles roys et
empereurs comme il en gist léans.
_Ci fine l'istoire du roy Phelippe, premier du nom._
CI COMMENCE L'ISTOIRE
DU GROS ROY
LOYS.
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