ANNEES: 1031/1035.

_Coment le duc Robert de Normandie ala au saint voïage d'outremer, et

coment il mouru au retourner._

(Robert, le duc de Normandie, dont l'istoire a dessus parlé, homme plain de

bonnes graces et de toutes bonnes meurs, ne forlignoit pas de la lignée

dont il estoit descendu, ainsi s'efforçoit plus et plus d'ensuivre les

nobles fais de ses ancesseurs; moult estoit renommé par victoires et par

oeuvres de miséricorde. Mais pour ce que n'est pas notre entencion de

retraire les fais des Normans, fors par incidences et là où elles

s'afferront, ne voulons-nous pas tous ces fais descrire; car trop y aroit à

faire. Mais touteffois en donnons nous aucunes choses qui touchent en notre

matière, au plus briefment que nous porrons.)

[350]Au temps que Suènes, le roy de Danemarche, chaça Adelred, roy

d'Angleterre, hors du pays, s'en vint cil fuitis en Normandie au duc

Robert, (la cui sereur il avoit eu à femme,) et amena ses deulx fils avec

luy, Edouard et Alvret. En pou de temps après s'en repaira et laissa ses

deulx fils en la garde le duc Robert leur oncle. Et le duc les garda moult

honorablement et les ama autant comme ses fils, et moult avoit grant

compassion et grant pitié de leur essil. Pour ce manda au roy Suènes, qui

le royaume d'Angleterre tenoit lors, que bien estoit temps désoremais qu'il

eust pitié de ses nepveux, et que il leur rendist leurs terres pour l'amour

de luy; mais il ne voult oïr ses prières, ains s'en retournèrent les

messages sans rien faire. De ce fu le duc moult couroucié et moult honteux.

Tous ses princes manda tantost et fist appareillier grant navie de tous les

pors de Normandie, et les nefs aempli de bonne chevalerie et de gens toute

esleue, et fist tout assembler à Fescamp sur le rivage de la mer. Lors

s'espandirent en mer et furent boutés par tempeste qui les mena jusques à

une isle qui a nom Giersé. Et croy que ce fu fait par la divine ordenance,

pour le roy Edouart qui avoit à régner; que Dieu ne vouloit pas qu'il

regnast par effusion de sanc. Longuement demourèrent en celle isle, dont le

duc meisme fu si couroucié qu'il se tourmentoit tout de dolour et de

tristesse; et puis qu'il vit qu'il ne pourroit passer en Angleterre, si

fist la navie retourner droict au mont Saint-Michiel. [351]L'une partie de

la navie livra à Rabel, un très bon chevalier, et luy commanda à passer et

destruire Angleterre[352] par feu et par occision.

Les grandes chroniques de France (3/6) selon que elles sont conservées en l'Eglise de Saint-Denis · 第 175 / 369 题