ANNEE: 998.

_Coment le roy Robert fu preudhome et bien morigené et bon clerc. Et coment

il fit plusieurs nobles sequences de l'églyse. Après, coment Melun fu livré

par traïson, et coment il fu recouvré par le roy._

[290]Auprès le roy Hues, gouverna le roïaume son fils, le roy Robert qui,

au temps, son père meisme, avoit esté couronné. Moult fu cil roy débonnaire

et attrempé, et l'un des mieux entechiés de tous les roys et des mieux

morigenés; preudom et loial, et moult aima sainte églyse. Bon cler fu et

merveilleux trouverre de beaux dis en sequences et en respons que l'en

chante en sainte églyse, comme la sequence du Saint-Esperit: _Sancti

Spiritûs adsit nobis gracia_; et le respons de la vigile de Noël: _O Judæa

et Jherusalem!_ et ce respons des martyrs: _O Constancia martirum!_[291] et

ce respons de Saint-Père: _Cornelius Centurio_.

Note 290: _Ex chronicâ regum Francorum._ Des fragmens de cette

chronique renfermée dans le manuscrit du roi, fonds de Colbert

n° 1320, ont été données dans le tome X des Historiens de France,

p. 301.

Note 291: La chronique de St-Bertin s'exprime ainsi: «Ipse habuit

uxorem reginam nomine Constantiam quæ semel rogavit eum ut aliquid in

ejus memoriam faceret. Composuit igitur _R. O Constantia martyrum!_

Quod regina propter vocabulum _Constantia_, suo nomine credidit esse

factum.»

(Hist. de France, tome X, page 299.)

Le jour de la feste Saint-Père un jour estoit à Rome: présens estoient

l'apostoile et les cardinaulx. Et le roy s'en ala à l'autel et mist dessus

une escro[292] ou cil respons estoit escript et noté; si l'avoit

nouvellement trouvé. Si cuidèrent tous qu'il eust fait une grant offrande;

et quant il y gardèrent si n'y trouvèrent autre chose. Et tout fust-il

grant cler, si fu il bon roy et vertueusement gouverna le roiaume et mist

soubs pié et plaissa[293] ses rebelles.

Note 292: _Escro._ Billet, papier, rollet. La formule la plus commune

des mandats, dans le moyen-âge, commence ainsi: _Baillés escroe de

telle somme à, etc._

Note 293: _Plaissa._ Maltraita.

[294]En sa nouvelleté avint que tandis comme Bouchart, le conte de Melun,

estoit à sa court, Gautier, un sien chevalier, et sa femme, en cuy garde le

chastel estoit demouré, le livra au conte Hues[295] par grans dons que il

luy donna. Au roy s'en complaint le conte Bouchart, et le roy manda tantost

au conte Hues, que il rendist au conte Bouchart son chastel que il luy

avoit mauvaisement soustrait. Cil qui se fia en la force du chastel pour la

rivière de Saine qui cueurt tout autour, remanda au roy que jà tant comme

il vivroit ne se rendroit né à luy né à autre.

Les grandes chroniques de France (3/6) selon que elles sont conservées en l'Eglise de Saint-Denis · 第 139 / 369 题