Note 254: _Ex chronico Hugonis monachi Floriacensis, anno 954._

En celle année mourut Gillebert, le duc de Bourgoingne; la duchée laissa à

Othon, le fils Hues-le-Grant; car cil Hues avoit sa fille espousée.

Bien sentit Hues-le-Grant que la fin de son temps approchoit. Les princes

de sa duchée manda et par leur conseil livra Hues, l'ainsné de ses fils, au

duc Richart de Normandie. De ce siècle trespassa vieux et plain de jour ès

kalendes de juingnet. Enseveli fu en l'églyse Saint-Denys, en France. Trois

fils eut de sa femme, la fille Othon, roy de Saissoingne, Hues, l'ainsné,

Othon et Henry; cil Hues fu fait duc de France, Othon duc de Bourgoingne,

si comme nous avons dit, et Henry, son frère, refu duc après sa mort.

_Incidence._--En ce temps mut contens entre Ensegise, l'évesque de Troies,

et le conte Robert. Au derrenier le geta, le conte Robert, de la cité et

l'évesque s'en ala en Sassoingne à l'empereur Othon. Grant plenté amena des

Sesnes et assist la cité de Troies et le conte Robert. Du siège se

despartirent les Sesnes et alèrent en proie vers la cité de Sens; mais

l'archevesque Archambaut et le vieus conte Renart leur furent au-devant à

grant gens à un lieu qui a nom Villers et les occistrent et Herpon leur

prince. Cil Herpon s'estoit vanté qu'il ardroit les églyses et les villes

qui sont sus la rivière de Venene[255], et qu'il ficheroit sa lance en la

porte St-Lyon; mais il fu tout autrement, car il et sa gent furent prins et

presque tous occis; son corps firent porter[256] en son pays en Ardenne;

car sa mère, Warna, l'avoit ainsi devisé. L'archevesque Archambault et le

vieus conte Renart le plainstrent et regrettèrent assez, tout fust-il par

eulx occis, pour ce qu'il estoit leur cousin. Et quant Brunon (compains

estoit de Herpon), un autre duc, vit qu'il fu occis et sa gent desconfite,

si se leva du siège et s'en retourna en son pays.

Note 255: _Venene_, _la Vaine_, rivière qui se perd dans l'Yonne,

justement à l'entrée de la ville de Sens.

Note 256: _Firent porter_. Le latin attribue ce transport aux

serviteurs de Herpon. «Reportatus est in patriam suam Ardennam à

servis suis.»

[257]En ce temps commença le conte Thibaut de Chartres à guerroier le duc

Richart de Normandie; et prit sa terre à gaster et à proier. Mais le duc ne

se souffri pas[258] longuement que il ne chastoiast sa présompcion; et

quant le conte veit qu'il ne pouvoit venir à chief par luy d'omme si

puissant, si se tirast à la royne Engeberge et luy commença à dire

mauvaises paroles et fausses du duc, et luy fist entendre que jà le roy

Lothaire, son fils, ne tendroit son royaume en paix tant comme il vesquit;

dont ce seroit le souverain conseil que elle féist tant en toutes manières

que si grant ennemi feust chacié du royaume ou occis. La royne, qui feust

déçue, cuida qu'il déist voir. Tantost manda à Bruns l'archevesque de

Couloingne et duc, son frère, qu'il aydast Lothaire, son nepveu, à garder

et à deffendre son royaume; et s'il pouvoient en nulle manière, qu'il

préissent Richart, duc de Normandie, car c'estoit le plus grant et le plus

fort ennemi du royaume. L'archevesque Bruns envoia tantost un évesque au

duc et luy manda qu'il ne laissast mie qu'il ne venist à luy à parlement en

Amienois, car il vouloit mettre paix entre luy et Lothaire le roy; et

feist, sé il pouvoit, que le royaume feust en sa pourvéance, et le duc qui

n'y pensa à nul mal pensa que ce fust voir. Tantost vint, et quant il fust

meus, deulx chevaliers luy vindrent au-devant qui estoient de la mesnie au

conte Thibaut de Chartres, desquels l'un luy demanda: «Noble duc, où

vas-tu? Veulx-tu estre duc de Normandie, ou estre pasteur de brebis hors de

ton pays?» Et le duc leur demanda à qui il estoient chevaliers; et l'un des

chevaliers luy dist: «Que te chaut à qui nous soions? tu scés bien que nous

ne sommes pas à toy.» Lors s'averti le duc et se pensa qu'il estoient

envoiés de qui que ce feust ou venus de leur volonté pour son bien et pour

le avertir. Honorablement les salua. Au départir donna à un une

armille[259] de fin or de quatre livres pesant; à l'aultre donna une moult

riche espée dont le pommel et l'enheudeure[260] estoient de fin or de ce

pois meisme. D'ilecques s'en retourna à Rouen et l'archevesque Bruns se

retourna à Couloingne, mas et confus de ce que sa trayson estoit ainsi

découverte.

Les grandes chroniques de France (3/6) selon que elles sont conservées en l'Eglise de Saint-Denis · 第 123 / 369 题