Note 234: _Id.--id., c. 2._

Tout maintenant s'armèrent les bourgeois et la chevalerie et coururent

parmi la cité tout foursenés, les espées et les glaives ès poins, et

vouloient jà entrer au palais pour le occire. Moult eut le roy grant paour

quant il vit ce. Par le conseil de Bernart le danois, prit l'enfant entre

ses bras et vint à l'encontre eulx; et quant il virent leur seigneur que le

roy tenoït, si se tindrent en paix; et le roy, qui volt du tout leurs cuers

apaisier, rendit à l'enfant sa terre et son héritage, sauf son droit et son

hommage et le reçut en grande foy et en loiauté, et promist aux bourgeois

que il leur rendroit bien introduit et bien aprins de la doctrine du

palais.

[235]Quant ces choses furent ainsi apaisiées, le roy retourna en France,

mais moult porta griefment la villenie que les Normans luy eurent faite, et

enmena l'enfant avec luy, c'est assavoir Richart, ainsi comme pour prendre

vengeance de la mort de son père. Et le traytre Arnoul, conte de Flandres,

se doubla moult que le roy ne courrust sur luy pour la félonie qu'il avoit

faitte. Avant envoya par ses messages dix livres d'or, puis vint à court et

se voult en telle manière escuser devant le roy et luy dist qu'il n'avoit

coupes en la mort le duc Guillaume, et promist que il banniroit hors la

contée de Flandres les homicides qui ce avoient fait, sé le roy luy

commandoit; puis si dist au roy que il luy déust ramembrer des dommages et

des reproches que les Normans luy avoient faits jadis à luy et à son père;

et pour ce, luy disoit-il, qu'il feust du tout hors du soupeçon et que plus

grant dommage ne luy avenist, le meilleur conseil estoit que l'enfant

Richart eust les jarès cuis et que il feust gardé à tousjours en prison, et

que les Normans feussent si forment constrains et agrevés de toltes et de

tailles que il leur convenist vuidier France par force et retourner en leur

pays. Le roy qui feust aveuglé par les dons du trayteur et par les

mauvaises paroles qu'il luy amonesta, le délivra du crime dont il déust

estre pendu, et destourna son mautalent sur l'enfant qui rien ne luy avoit

meffait, à l'exemple de Pilate qui Barrabas, le larron, laissa aler et

Jésus-Crist condempna à mort. Lorsque ce fu fait, estoit le roy à Loon; et

quant l'enfant fu venu de chascier et de jouer, le roy le prist forment à

menacier et à laidengier, et l'appela fils de putain[236], et luy dist que

sé il ne se chastioit, il luy feroit cuire les jarès et l'osteroit de tous

honneurs; et après commanda que il fust bien gardé si que il ne peust

eschapper.

Les grandes chroniques de France (3/6) selon que elles sont conservées en l'Eglise de Saint-Denis · 第 105 / 369 题