_Coment le roy Loys tint en prison Richart, fils le bon duc Guillaume. Et
coment il fu porté hors de prison dedens un faiscel de herbe._
[233]Après la mort le duc Guillaume, qui fu sacrefié par les mains des
traytres en pure innocence, ainsy comme un aigneau, Richart, son fils,
demoura pour la terre tenir. Enfant estoit bel et gracieux et bien morigené
de souveraine noblesse; et selon la manière son père demonstroit oudeur de
vertus ainsi comme le rameau qui est esrachié de l'arbre aromatique est
doux et fleurant. Et jà commençoit à venir à si grant perfection de valleur
et de sens, que ce que il povoit entendre de sens et de bien selon tel âge,
il retenoit en son cuer sans oublier. [234]Et quant les barons de France
oyrent parler de la démesurée trayson Arnould, conte de Flandres, et de la
mort le duc Guillaume, en y eut qui en furent dolens, et aucuns qui
estoient parçonniers de la trayson et qui avant ce faisoient semblans qu'il
fussent ses amis, descouvrirent leurs cuers et monstrèrent appertement le
mal qu'il avoient conçus. Le roy meisme cuida que grans honneurs luy
feussent escheus; au plutost qu'il peut s'en ala à Rouen ainsi comme pour
conseil prendre aux Normans de la vengeance du duc Guillaume. Si ne prenoit
or pas garde aux bénéfices et aux honneurs que le duc luy avoit faites, né
à la foy entérine que il luy avoit toujours portée. Anlech, Rodulphe et
Bernart, qui estoient tuteurs de l'enfant et gardes de la duchée, le
reçurent à grant honneur comme il afferoit à si grand roy et se mistrent à
luy et à sa volenté pour la fiance de leur petit seigneur. Et le roy, qui
vit la terre belle et plantureuse et plaine de bois et de rivière, fu meus
par convoitise et leur commença teles choses à promettre qu'il n'avoit
talent de tenir, et ce meismement que il béoit à retenir pour soy meismes.
Lors commanda que l'enfant Richart fust amené devant luy; moult le vit bel
et avenant et de noblesse fournie, et voult qu'il fust nourri en son palais
et que on luy quist autres nobles enfans pour luy faire compaingnie.
Maintenant, courut la nouvelle par toute la cité que le roy vouloit à
l'enfant sa terre tollir et qu'il l'avoit jà détenu en prison.