Tantost après fist assembler un parlement des princes de Normandie et de
Bretaingne; et quant il furent tous assemblés, si descouvri son cuer. De ce
furent tous si esbahis qu'il ne sorent que respondre; au darrenier, quant
il furent revenus à eulx-meismes, si commencèrent tous ensemble à crier
tretous: «Très-débonnaire sire, pourquoy nous veulx-tu si soudainement
laissier; né cui laisseras-tu ta terre et ta seigneurie?» Lors respondi le
duc: «Je ay,» dit-il, un fils qui a nom Richart; si vous prie tous que sé
oncques m'amastes, que vous le me monstrez maintenant et que vous le
retenez à seigneur au lieu de moy; car ce que j'ay promis à Dieu de bouche,
je veux ce acomplir par fait.» A sa volenté s'accordèrent, tristes et
dolens, puisqu'il le convenoit faire. Tantost fu envoyé messages à Fescamp
pour l'enfant amener. Si luy fist chacun hommage, quant il fu venu, en la
présence du père humblement; et le père l'envoya à Baieux en la garde
Bethon, le prince des chevaliers, pour apprendre la langue danoise, pour ce
qu'il sceust donner appertement response aux siens et aux estrangers. Si
avons ces choses racomptées de l'abbaye de Jumèges, pour monstrer le saint
propos et la dévotion que le duc Guillaume avoit au lieu.
[228]_Incidence._ En ce temps avint que Suènes, le roy de Danemarche,
chasça Aigrolde, son père, du royaume; et cil qui eut oy parler du povoir
et de la valeur le duc Guillaume, s'en vint en Normandie par mer, à tout
soissante nefs garnies de bonnes gens armées. Et le duc le reçut bonnement
et luy donna la contrée de Coustance jusques à tant que son ost fu creu, si
qu'il peust recouvrer le royaume qu'il avoit perdu.