_Coment Rollo assist la cité de Chartres. Et coment Richart duc de
Bourgogne et l'ost des François et le conte de Poitiers vinrent sur luy et
destruirent moult de ses gens, tant qu'il s'en fui._
[198]En ce point envoya le roy Charles Franques, l'archevesque de Rouen, à
Rollo, le tyran, pour demander trèves de trois mois. Données furent, mais à
la fin des trèves recommença le tyran à destruire tout le pays ainsi comme
devant. [199]Par Estampes s'en ala jusques à Chartres; forment commença à
estreindre la cité et assaillir. Et tandis comme il estoit en ce point,
vint sur luy Richart le duc de Bourgoigne et l'ost des François et Ebalus
le conte de Poitiers. Rollo et les siens les reçurent hardiement, et
fièrement se combatirent d'ambedeulx pars, quant Asselins, évesque de la
cité, issi hors soudainement à tant de gent comme il pot avoir, si portoit
en sa main la chemise Notre-Dame. Si les assaillirent par derrière, et
moult en firent grant occision. Et quant Rollo vit que luy et sa gent
estoient à si grant méchief, si aima mieux à fuyr et à donner lieu à ses
ennemis, que soy combatre en tel péril; si s'en fuy tant plus par sens que
par paour. Une partie de son ost s'en fu sur une montaigne devant les
François qui les enchasçoient; et Ebalus le conte de Poitiers, qui tard
estoit venu, les acceint[200] quant il furent sur la montaigne, si que il
ne s'en peussent fuir né eschapper. Quant ce vint vers la mienuit, les
Normans descendirent et s'enfuyrent parmi l'ost. Lors cuida le conte Ebalus
que Rollo fust couru sur eulx; si eut moult grant paour et se bouta en la
maison d'un foulon et reposa là toute nuit. Au matin s'apperçurent les
François que les Normans estoient eschappés, des esperons brochèrent après.
Quant il les eurent trouvés, il ne s'osèrent embatre à eulx, car il avoient
fait entour eulx un parc et une forteresse d'arbres et de charrettes et
d'autres choses, si qu'il ne povoient pas venir à eulx sans grant péril.
Lors s'en retournèrent atant, et les Normans, qui eschappés furent,
s'enfuyrent à leur seigneur. [201]Moult fu Rollo courroucié et forcené pour
la mort de sa gent: son ost assembla et les exorta moult à prendre
vengeance de leurs compaignons et à dégaster tout le pays. Que vous
compteroit-on plus? Ainsi comme des lous affamés se férirent les païens au
peuple crestien, les églyses ardoirent, le peuple menèrent en chetivoison
et les femmes aussi; partout estoit pleurs et cris et lamentations.
Note 198: _Willelmi Gemeticensis chronicon, lib. II, c. 15._ Le
traducteur de Saint-Denis abrège le récit original.