ANNEE: 884.

_De la mort le roy Carlemaine et de son fils Loys-Fai-noient. Coment

appelèrent en aide l'empereur Charle les barons, contre les Normans, et

coment il revindrent en France. De la mort Loys-le-Fai-noient. Coment les

barons couronnèrent le roy Eudes pour l'enfant garder qui fu appelé le roy

Charles-le-Simple._

(Mort fu le roy Carlemaine; mais comment né quant il mourut ne parole pas

l'istoire, et pour ce nous en convient taire.) [187]Après luy régna son

fils qui par surnom fu appelé Fai-noient. Sy fu ainsi surnommé ou pour ce

qu'il ne fit nule chose que l'on doive mettre en mémoire ou pour ce que il

traist une nonnain de l'abbaye de Chiêle et l'espousa par mariage, si comme

aucuns disoient; que c'est l'un des grans pechiés que nul homme puisse

faire.

Note 187: L'histoire de ce roi _Louis Fai-noient_ est entièrement

fausse; on doit supposer que par l'effet d'une transposition on aura

mis sur le compte d'un fils de Carloman qui mourut sans enfans, ce

qui se rapportoit soit à son frère, soit à son père.

Au temps de ce Loys retournèrent les Danois en France, qui au royaume

avoient fait moult de maulx au temps son père Carlemaine, [188]qui à eus

avoit fait accort en telle manière que il leur deust rendre, chascun an,

douze mille besans d'argent, par telle condicion que il tenissent paix au

royaume douze ans. Mais il ne tindrent pas celle condicion, car tantost

comme il sorent que Carlemaine fust mors, il retournèrent à grant ost, et

disoient qu'il n'avoient faitte nulle paix aux François, mais au roy tant

seulement. Grans dolours et grans persécutions firent lors au royaume; et

pour paour d'eulx s'enfuyrent les gens de religion à tous les corps sains

là où il cuidoient estre plus asseur. Lors appelèrent en leur ayde ceulx de

France et d'Austrasie l'empereur Charle qui fils ot esté le roy Loys de

Germanie. Les Normans assist en un fort lieu; à la parfin fist paix à eulx

en telle manière que Godefrois, le roy de celle gent, seroit baptisié et

aroit à femme Gille la fille le roy Lothaire, et qu'il tendroit la duchée

de Frise. Baptisié fu, et le tint sur fons l'empereur meismes. Un autre roy

des Normans qui Sigefrois avoit nom fist issir de son royaume par dons

qu'il luy donna[189]; et puis revint au royaume de France par la

mauvaistié qu'il sentoit au roy Loys Fai-noient. [190]Et plus grant dolour

y eust que devant, sé ne fust Hues qui par France estoit appelé abbé, qui

les chastoia et défoula durement; car il se combati à eulx à pou de gent,

et estoient multitude sans nombre, et en fist si grant occision que à

paines en demoura-il un seul pour porter aux autres la nouvelle de leur

confusion. Par celle desconfiture furent les Danois si chastoiés et si

humiliés que il se tindrent en paix une pièce. Un pou après mourut cil

Hues, et pou de temps après fu mors ce roy Loys que l'istoire appelle

_Fai-noient_. Un petit fils laissa qui estoit alaitant en bersueil qui

estoit appellé Charles-le-Simple[191]. (Cil Charles-le-Simple fu mort ou

chastel de Péronne en prison si comme nous dirons cy après.) Et quant les

barons virent qu'il n'avoit pas aage à terre tenir, si se conseillièrent

que il feroient; car il avoient oy dire que les Normans devoient revenir en

France. De Robert, le conte d'Anjou, estoient demourés deux fils; cil

Robers estoit descendu du lignage de la gent de Saissoingne, et l'avoient

les Normans occis. De ces deulx frères avoit nom l'ainsné Eudes et l'autre

Robert, ainsi comme le père. L'ainsné des deus eslurent les barons de

France et de Bourgoingne et d'Aquitaine, et jà soit ce qu'il[192] en alast

moult encontre, pour l'enfant garder et pour le royaume gouverner. A roy le

sacra et enoint Gautier, l'arcevesque de Sens. Tant comme il régna fu moult

débonnaire, viguereusement governa le roiaume; bien nourri l'enfant et

toujours fu loial vers luy. Mors fu, dont ce fust dommage. Si reçut le

roiaume Charles, qui puis fu appelé le Simple. En son temps vindrent

Normans de rechief et entrèrent par devers Bourgoingne jusques à

St-Florentin. Et Richart, le duc de Bourgoingne, assembla son ost et leur

ala à l'encontre en la contrée de Tonnoire; grant multitude en occist et le

remenant s'enfuy.

Note 188: Ce qui suit est traduit des _Annales_ dites _de Metz_, anno

884. (Voy. _Historiens de France_, tome VIII, page 65.)

Note 189: Tout ce qui précède se rapporte à l'année 882, et a déjà

été raconté. C'est toujours Louis III, frère de Carloman, dont la vie

et la mort sont confondues avec celles de Carloman.

Les grandes chroniques de France (3/6) selon que elles sont conservées en l'Eglise de Saint-Denis · 第 66 / 369 题