_De la mort le roy Carlemaine et de son fils Loys-Fai-noient. Coment
appelèrent en aide l'empereur Charle les barons, contre les Normans, et
coment il revindrent en France. De la mort Loys-le-Fai-noient. Coment les
barons couronnèrent le roy Eudes pour l'enfant garder qui fu appelé le roy
Charles-le-Simple._
(Mort fu le roy Carlemaine; mais comment né quant il mourut ne parole pas
l'istoire, et pour ce nous en convient taire.) [187]Après luy régna son
fils qui par surnom fu appelé Fai-noient. Sy fu ainsi surnommé ou pour ce
qu'il ne fit nule chose que l'on doive mettre en mémoire ou pour ce que il
traist une nonnain de l'abbaye de Chiêle et l'espousa par mariage, si comme
aucuns disoient; que c'est l'un des grans pechiés que nul homme puisse
faire.
Note 187: L'histoire de ce roi _Louis Fai-noient_ est entièrement
fausse; on doit supposer que par l'effet d'une transposition on aura
mis sur le compte d'un fils de Carloman qui mourut sans enfans, ce
qui se rapportoit soit à son frère, soit à son père.
Au temps de ce Loys retournèrent les Danois en France, qui au royaume
avoient fait moult de maulx au temps son père Carlemaine, [188]qui à eus
avoit fait accort en telle manière que il leur deust rendre, chascun an,
douze mille besans d'argent, par telle condicion que il tenissent paix au
royaume douze ans. Mais il ne tindrent pas celle condicion, car tantost
comme il sorent que Carlemaine fust mors, il retournèrent à grant ost, et
disoient qu'il n'avoient faitte nulle paix aux François, mais au roy tant
seulement. Grans dolours et grans persécutions firent lors au royaume; et
pour paour d'eulx s'enfuyrent les gens de religion à tous les corps sains
là où il cuidoient estre plus asseur. Lors appelèrent en leur ayde ceulx de
France et d'Austrasie l'empereur Charle qui fils ot esté le roy Loys de
Germanie. Les Normans assist en un fort lieu; à la parfin fist paix à eulx
en telle manière que Godefrois, le roy de celle gent, seroit baptisié et
aroit à femme Gille la fille le roy Lothaire, et qu'il tendroit la duchée
de Frise. Baptisié fu, et le tint sur fons l'empereur meismes. Un autre roy
des Normans qui Sigefrois avoit nom fist issir de son royaume par dons
qu'il luy donna[189]; et puis revint au royaume de France par la
mauvaistié qu'il sentoit au roy Loys Fai-noient. [190]Et plus grant dolour
y eust que devant, sé ne fust Hues qui par France estoit appelé abbé, qui
les chastoia et défoula durement; car il se combati à eulx à pou de gent,
et estoient multitude sans nombre, et en fist si grant occision que à
paines en demoura-il un seul pour porter aux autres la nouvelle de leur
confusion. Par celle desconfiture furent les Danois si chastoiés et si
humiliés que il se tindrent en paix une pièce. Un pou après mourut cil
Hues, et pou de temps après fu mors ce roy Loys que l'istoire appelle
_Fai-noient_. Un petit fils laissa qui estoit alaitant en bersueil qui
estoit appellé Charles-le-Simple[191]. (Cil Charles-le-Simple fu mort ou
chastel de Péronne en prison si comme nous dirons cy après.) Et quant les
barons virent qu'il n'avoit pas aage à terre tenir, si se conseillièrent
que il feroient; car il avoient oy dire que les Normans devoient revenir en
France. De Robert, le conte d'Anjou, estoient demourés deux fils; cil
Robers estoit descendu du lignage de la gent de Saissoingne, et l'avoient
les Normans occis. De ces deulx frères avoit nom l'ainsné Eudes et l'autre
Robert, ainsi comme le père. L'ainsné des deus eslurent les barons de
France et de Bourgoingne et d'Aquitaine, et jà soit ce qu'il[192] en alast
moult encontre, pour l'enfant garder et pour le royaume gouverner. A roy le
sacra et enoint Gautier, l'arcevesque de Sens. Tant comme il régna fu moult
débonnaire, viguereusement governa le roiaume; bien nourri l'enfant et
toujours fu loial vers luy. Mors fu, dont ce fust dommage. Si reçut le
roiaume Charles, qui puis fu appelé le Simple. En son temps vindrent
Normans de rechief et entrèrent par devers Bourgoingne jusques à
St-Florentin. Et Richart, le duc de Bourgoingne, assembla son ost et leur
ala à l'encontre en la contrée de Tonnoire; grant multitude en occist et le
remenant s'enfuy.
Note 188: Ce qui suit est traduit des _Annales_ dites _de Metz_, anno
884. (Voy. _Historiens de France_, tome VIII, page 65.)
Note 189: Tout ce qui précède se rapporte à l'année 882, et a déjà
été raconté. C'est toujours Louis III, frère de Carloman, dont la vie
et la mort sont confondues avec celles de Carloman.