_Des convenances et de l'accort qui fu entre les deus roys. Et coment il fu
traitié en chascune jornée, au profit des deus roiaumes; tout n'en fust-il
après tenu, par la dnsloiauté le roy Loys de Germanie._
C'est la convencion et l'accors entre les deux glorieux roys Loys le fils
Charles-le-Chauf, et Loys le fils le roy de Germanie, qui fu faite ès
kalendes de novembre, en un lieu qui est appelé Furones[153], par le commun
accord et par l'assentement des barons des deux royaumes, en l'an de grâce
D. CCCC et LXXIX[154].
Note 153: _Furones._ Aujourd'hui _Foron_, à peu de distance
d'Aix-la-Chapelle.
Note 154: 879. Le latin dit: 878.
Lors commença à parler le roy de Germanie et dist ainsi: «Comme le règne
Lothaire fu parti entre l'empereur Charles et nostre père le roy Loys,
ainsi voulons-nous qu'il le soit et que les parties soient établies. Et sé
aucuns de nos princes et de nos gens ont riens prins né saisi du royaume
vostre père, nous voulons qu'il le laissent à vostre commandement. Et pour
ce que partison ne fu faite oncques de notre part du royaume d'Italie, que
le roy Loys tint; ce que chascun en tient, si le tiengne orendroit encore
en ceste manière; jusques à tant que nous puissions assembler encore une
autre fois par la voulenté Nostre-Seigneur, et déterminer miex par bon
conseil ce que drois et raison sera. Et pource que on ne peut orendroit
faire nulle raison de notre partie du royaume d'Italie, sachent tous que
nous en avons requis notre droit et requérons à l'ayde de Dieu.» Ce fu
ainsi establi en la première journée.
Le secont jour refu ainsi parlé: «Pour ce que la fermeté de notre amour et
de notre conjonction ne puet pas estre maintenant confermée, pour aucunes
causes qui l'empeschent maintenant, jusques à ce parlement que nous
mettrons, telle amistié soit faite entre nous, par la grace de
Nostre-Seigneur, de bon cuer et de bonne confience et de foy entérine, si
que nul de nous né de nostre conseil ne soustraie né forconseille riens qui
soit à l'onneur né à la prospérité de nous né de nos roiaumes.»
Au tiers jour fu ainsi ordené, que sé païens ou faux chrestiens envaïssent
leur roiaumes, que l'un aideroit à l'autre quant mestier en seroit, de
quanque il pourroit par soy ou par ses gens. «Et s'il avenoit,» dist Loys
fils de l'empereur, «que je vesquisse plus que vous, je aideray Loys vostre
fils, qui encore est petis et jeune, et les autres que Dieu vous peut
encore donner, si que il peussent leurs terres gouverner.»
Le quart jour fu ainsi gouverné et ordené: «Que sé aucuns murmureurs et
envieux, qui tousjours portent envie à bien et à paix, s'efforçoient de
semer tençons et discordes entre nous pour troubler nous et nos roiaumes,
que nul de nous ne les reçoive né ne voie voulentiers, s'il n'est ainsi que
il le voulsist monstrer raisonnablement par devant nous deux, et par devant
nos gens. Et s'il ne vouloit le faire, que il n'eust priveté né société à
nul de nous. Et que nous le getissons hors comme traytre et faux semeur de
discorde entre les frères, si que à l'exemple de luy nul ne soit si hardi
que il ose aporter tels mensonges.»
La quinte journée fu ainsi atirée. Et dist Loys le fils l'empereur Charles:
« Or convient que nous envoions nos messages aux deux glorieux roys Charles
et Charlemaine, qui leur feront assavoir le parlement que nous avons mis à
la huitiesme yde de février et qui leur prient de par nous qu'ils viennent
là. Et sé il viennent, si comme nous désirons, que nous les accompaignons
avec nous à la voulenté de Nostre-Seigneur, et au commun profit de saincte
Eglyse et du peuple chrestien que nous avons à gouverner. Si que nous
soions une chose en luy qui est seul et que nous voulons et disons et nous
façons une chose, selon les apostres, c'est que en nous n'ait né tençons né
discorde. Et s'il avenoit que il n'y vousissent venir, pour ce ne lairons
nous mie que nous n'y venons si comme il est ordené, et que nous ne façons
selon la voulenté Dieu, si comme nous avons devisé. Et sé il n'estoit ainsi
par aventure et que autre nécessité avenist que l'en ne peust autrement
eschiver, par quoy nous ne puissions ce faire, et s'il avenoist qu'il fust
ainsi; que l'un féist resavoir à l'autre le terme du parlement qui seroit
de nouvel prins. Et que il soit ainsi que nostre amour soit né muée né
changée né amenuisiée jusques à tant que Diex vueille que elle soit du tout
confermée. Et si ordenons des choses des églyses, des éveschiez et des
abbayes où que ce soit de nos deulx roiaumes, si comme les évesques et les
abbés les tiengnent paisiblement. Et sé aucun les prenoit né saisissoit en
quelque royaume que ce soit et fust contre raison, que elles fussent
rendues selon droit.»
La sixiesme journée fu ainsi ordenée: «Pour la paix des roiaumes, pour ce
que il pevent aucunes fois estre troublés par aucuns hommes vagues et qui
riens qui maux soient ne redoubtent à faire, nous voulons que en quel lieu
que ce soit que tel gent vendront, que il ne puissent fuyr né eschever la
justice de ce qu'il aront fait. Et que nul de nous ne les tiengne né ne
reçoive à autre chose fors en tant comme il le tendra, pour amener à rendre
raison et à faire amende selon son fait. Et s'il définoit de venir avant,
cil en cui roiaume il s'enfuyra le fera chacier et prendre, jusques il soit
amené avant pour raison rendre; ou il soit du tout bani et essilié des deux
roiaumes. Si voulons que cil qui par leur meffait auront perdue la
prospérité de leurs choses et de leurs héritages, que il soient jugiés
selon les anciens drois de nos ancesseurs. Et s'il en y a nul qui die que
il ait à tort perdue la prospérité de ses choses, viengne avant en nostre
présence et recuèvre ses choses, sé droit les lui donne.»