ANNEE: 878.

_Coment l'apostole refusa la royne à couronner; et coment il et les prélas

assemblèrent à Troies. Du débat entre Haimar et Adenofle, de l'éveschié de

Loon; du mariage de la fille Boson au fils le roy. Coment l'apostole s'en

revint, et du parlement des deus rois Loys._

Après ces choses couronna l'apostole le roy Loys; et le roy le semont à

mengier avec lui et sa femme: richement le fist de viandes servir et de

vins, puis se départi l'apostole et s'en ala à Troies. Puis lui requist le

roy par ses messages que il voulsist couronner sa femme à royne; mais il ne

le voult faire[150]. Lors vindrent avant deux évesques Frotaire et

Aldagaire, et aportèrent à l'apostole un commandement, devant tous les

évesques, de l'empereur Charles-le-Chauf, par quoy il revestoit Loys son

fils du royaume de France: et luy requéroient, de par le roy Loys, qu'il

affermast ce précept par son privilège. Lors traist avant l'apostole

l'exemplaire ainsi comme[151] d'un commandement fait par l'empereur

Charles, de l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés, à l'Eglyse de Rome, qu'il

peust tollir, ainsi comme par droit, à l'abbé Goslin et retenir à soy. Si

cuidoit-on que ce eust esté fait et pourchassié par le conseil de ces deux

évesques et d'autres conseilleurs. Et au roy Loys dist l'apostole sé il

vouloit que il méist son privilège sur son commandement, que il confermast

avant le précept de son père. Comme ceste chose eut esté baillée et

pourchasciée par malice et non mie selon raison, ainsi vint-elle au

derrenier à noient.

Note 150: _Il ne le voult faire._ Parce que Louis-le-Bègue avoit

répudié sa première femme Ansgarde, alors vivante. Le pape, en

s'opposant dans cette occasion au voeu du roi dont il alloit implorer

la protection, montra certes une fermeté vraiment apostolique. L'abbe

Vély toutefois a bien eu le courage de considérer le refus du

souverain pontife comme l'effet probable d'une odieuse intrigue.

(Voyez tome 2, p. 135 de son _Histoire de France_.)

Note 151: _Ainsi comme._ C'est-à-dire: _Simulé, prétendu.--D'un

commandement_. D'un don.

En ce mois meisme que fu ce fait, le roy vint à Troies et ala à l'ostel

l'apostole par le conseil des barons; à luy parla bien privéement et puis

alèrent ensemble là où les évesques estoient assemblez delez l'ostel

l'apostole. Là furent escommeniés Hues le fils Lothaire et Haymes et tous

ceulx de leur complot, pour ce qu'il faisoient force et outrage à aucuns

des évesques par le consentement le roy Loys. Lors dist l'apostole que

Adenofle, qui par s'auctorité avoit esté ordené évesque, tenist son siège,

et son office d'évesque, et Haymar chantast messe sé il vouloit et eust

partie de l'éveschié de Laon. Lors se traist avant Adenofle et requist à

l'apostole que il l'assousist de l'éveschié, pour ce que il estoit trop

foible desoremais à porter si grant fais et qu'il vouloit entrer en

religion. Mais il ne put ce empétrer, ains luy fu commandé et par le

commandement le roy et des évesques qui sa partie soustenoient que il féist

office d'évesque, et que il tenist son siège. Et quand les évesques de la

partie Haymar eurent oy que l'apostole eut dit qu'il chantâst messe sé il

vouloit, et que le roy se consentent à ce que il eust des biens de

l'éveschié, cils et les autres évesques des autres provinces et régions,

sans que l'en le cuidast mie, emmenèrent Haymar tout revestu comme prebstre

en la présence de l'apostole et sans son commandement, et puis le menèrent

chantant jusques à l'églyse et lui faisoient donner bénéicon au peuple. A

tant se départi le concile.

L'endemain Boson semonst le roy et sa femme avec luy; et le roy y ala et y

mena aucuns de ses conseilleurs, moult le fist bien servir de diverses

viandes et de divers vins. Là fu fait un mariage de la fille Boson et de

Carlemaine le fils le roy; et le roy, par ceulx de son conseil, départi les

terres et les honneurs de Bernart le marchis de Gothie, à Thierry le

chamberlent et à Bernart le comte d'Auvergne.

De Troies se parti l'apostole Jehan, et s'en ala à Chaalons, puis à

Morienne. Après passa les mons de Mont-Cenis, et eut convoy de Boson et de

sa femme jusques ès plains de Lombardie, et s'en retourna à Rome. Le roy se

départi de Troies et s'en ala à Compiègne; là oy nouvelles des messages

qu'il avoit envoies à Loys son cousin, et ce qu'il avoient fait de la

besoingne. Si les avoit là envoiés pour traitier de paix entre luy et son

cousin. De Compiègne mut à tout une grant partie de son conseil, et s'en

ala à Haristale. D'autre part vint Loys son cousin ès kalendes de novembre

et assemblèrent en une cité qui a nom Marsne[152]. Là fu paix confermée

entr'eux deux, et puis mistrent un autre parlement d'assembler à la

Purification Nostre-Seigneur. Lors vint le roy Loys, le fils l'empereur

Charles-le-Chauf à Gondolville, et le roy Loys, le fils le roy Loys de

Germanie, revint d'autre part près de cette ville où il pot plus aisiément

demourer; et puis après assemblèrent à parlement. Là furent ordenées les

choses qui cy s'ensuivent, par le consentement de leurs loyaux barons.

Note 152: _Marsne._ Mersen.

Les grandes chroniques de France (3/6) selon que elles sont conservées en l'Eglise de Saint-Denis · 第 51 / 369 题