Note 141: _Annales Bertinianæ, anno 877._

Note 142: _Andreville._ «_Audriaca-villa_.» Aujourd'hui _Orreville_,

près de Doullens.

Les barons et ceulx qui s'en retournoient avec Richeut l'empereris en

France, faisoient moult de maulx et dégastoient tout le pays devant eus,

jusques à tant que il vindrent à l'abbaïe qui est apelée

Vegnon-Moustier[143]. Lors pristrent un parlement à Moymer en Champaigne.

Leur messages envoièrent à Loys et il leur envoia aussi les siens, et tant

alèrent messages d'une part et d'autre que la besoigne fu ainsi ordennée

que Richeut l'empereris et les barons vendroient à lui à Compiègne, et que

le parlement qui fu pris à Moymer seroit mis à Chaene en Cosse-Selve[144].

A Compiègne vint donc ma dame Richeut et les barons droit à la feste

Saint-Martin, et lui aportèrent le mandement que son père avoit fait au lit

de la mort: que il lui laissoit le royaume de France et l'en revestoit par

l'espée qui estoit appelée l'espée Saiut-Père[145]; et si luy envoioit une

couronne et les royaux garnemens, puis un ceptre d'or à pierres précieuses.

Puis alèrent tant messages entre Loys et les barons que il s'accordèrent

tous et évesques et abbés à son couronnement; et il leur donna les honneurs

du royaume selon ce qu'il requéroient par raison.--Lors fu couronné à Rains

par les mains l'arcevesque Haimar,[146] par le consentement des barons et

des prélas qui se mistrent en sa deffense et en sa garde, et luy jurèrent

que il luy seroient loial selon leur povoir, en ayde et en conseil, au

profist de luy et du royaume: et les vavasseurs se recommandèrent aussi à

luy et luy jurèrent féauté et loiauté. (Mais, pour ce que l'istoire parle

souvent des abbaïes du royaume, pourroient aucuns cuidier que ce fussent

moines ou gens de religion; mais nous cuidons miex que ce fussent barons ou

grans hommes séculiers à qui l'en les donnast à temps et à vie. Si estoit

mauvaise coustume et contre Dieu que autre gent tenissent les biens de

religion que ceulx qui la riule et l'abit en avoient; né le service

Nostre-Seigneur ne povoit estre bien fait né les ordres bien gardés en

telle manière. Sans faille, l'istoire ne parole pas plainement qu'il fust

ainsi; mais assea le donne à entendre.) Le couronnement du roy Loys fu l'an

de l'Incarnation Nostre-Seigneur D.CCC et LXXVIII[147]. La Nativité nostre

Seigneur célébra à Saint-Maart delez Soissons. De là se parti et s'en ala à

Andreville, et la feste de la Résurrection célébra à Saint-Denis en France.

Puis s'en ala outre Saine pour trois raisons, à la prière Hue l'abbé: la

première fu pour luy aidier contre les Normans; et la seconde fu pour ce

que les fils Godefroy avoient saisi le chastel et les honneurs le fils le

conte Audon[148], et la tierce si put estre pour ce que Haymes, le fils

Bernard, avoit prinse la cité d'Evreux, et faisoit moult de maulx au pays

d'entour; car il proioit et roboit tout quanqu'il trouvoit, à la guise des

Normans. Jusques à Tours ala le roy: là fu si durement malade que l'en

cuidoit qu'il déust mourir; mais la mercy nostre Seigneur l'allégea de

cette maladie. Lors vint à luy Godefroy par le conseil de ses amis qui

moult le tindrent court de ce faire, et amena avec luy ses deux fils: au

roy rendirent ses chasteaux qu'il avoient saisis et les appartenances; par

tel condition que il les tenissent après par son don et par sa voulenté.

Après ces choses Godefroy converti grant partie de Bretons et les mena à la

féauté le roy; mais après firent-il comme Bretons.

Note 143: _Vegnon-Moustier._ «Usquè ad Avennacum monasterium

pervenerunt, et conventum suum ad montem Witmari condixerunt.» Au

lieu de _Vegnon-Moustier_, il faut lire _Avenay_, petite ville de

Champagne aujourd'hui célébre par ses vins et autrefois par son

abbaye de filles, de l'ordre de saint Benoît. Plus bas, par

_montem Witmari_, que notre chroniqueur traduit _Moiemer_, il faut

entendre le _Mont-Aimé_, près Vertus, à quatre lieues d'Avenay.

Note 144: _Chaene-en-Cosse-Selve._ «Ad Casnum in Cotiâ.» C'est

aujourd'hui, suivant Dom Bouquet, _Chesne-Herbelot_, à la sortie de

la forêt de _Cuise_, aujourd'hui _de Compiègne_.

Note 145: _L'espée Saint-Père._ «Per spatam quem vocatur S. Petri.»

Le ménestrel du comte de Poitiers a rendu ce passage des Annales de

Saint-Bertin d'une manière plus intéressante: « A Compiègne, vint à

luy Richeut, »la fame Charles son père, plourant et dolente outre

mesure, et si li dist: Dous amis, je t'aport, par le commandement de

ton père, son royaume que il te donna devant sa mort et l'espée qui

est apelée de Saint-Pierre, par laquelle il te revesti du royaume

devant moi et devant maints autres, etc.»

(Manuscrit du roi 9633, f° 63.)

Note 146: _Haimar._ Hincmar.

Note 147: _Annales Bertinianæ, anno 878._ C'est à ce couronnement si

vivement contesté et dont les historiens nous ont vaguement indiqué

les circonstances, que doit se rapporter la branche de la _Chanson de

geste_ de Guillaume au court nez, intitulée: _Le coronement Loys_.

Elle débute par un morceau de haute poésie qu'on nous saura gré de

reproduire ici:

Quant Diex fist primes nonante et neuf reaumes

Lou premiers rois que Diex tramist en France

Coronés fu par anuncion d'angles;

Por ce, dit l'en, totes terres l'appendent:

Que li appent Baviere et Alemaigne,

Tote Borgoigne, Loheraigne et Toscane,

Poitou, Gascoigne dusqu'aus marches d'Espaigne.

Cela sent assez bien, à mon avis, l'époque Carlovingienne; mais

continuons:

Rois qui de France porte coronne d'or

Preudons doit estre et hardis de son cors.

Bien doit mener cent mille hommes en ost,

Parmi les pors, en Espagne la fort.

S'il en trueve home qui li face nul tort,

Tant le demaine que l'ait ou pris ou mort,

Et devant lui face gesir le cors.

Sé ce ne fait, France a perdu son los,

Ce dit la geste, coronnés est à tort.

Li coronemens le roy Loois, manusc. du roi, n° 7535.

Note 148: Ce Godefroi étoit fils de Roricon, comte du Mans, et frère

de abbé Gozlin.

En ce temps avint que l'apostole Jehan fu moult durement esmeu contre deux

contes, Lambert et Albert, qui avoient ses cités et ses villes proiées et

robées. Si puissamment comme il put les escomenia: de Rome s'en issi et

emporta moult de précieuses reliques, Formose l'évesque de Portue enmena

avec luy, en mer se mist et vint à navie jusques à Alle-le-Blanc. Si arriva

droitement le jour de Penthecouste. Lors envoia ses messages au prince

Boson, et cil lui envoia gens pour luy conduire jusques à Lyons sur le

Rosne. De là manda au roy Loys de France que il luy venist à l'encontre là

où il pourroit miex, à son aisement. Et le roy envoia à l'encontre de luy

aucuns de ses évesques, et luy requist qu'il venist jusques à Troies, et

commanda que les évesques du royaume luy administrassent leurs despens.

Encontre luy vint à Troies ès kalendes de septembre; car il n'i put plus

tost aler pour sa maladie. Lors assembla grant concile de tous les évesques

du royaume et de la province de Belge. En ce concile fist relire

l'escommeniement dont il avoit escommenié à Rome Lambert et Albert: à

Formose et Grégoire requist et à tous les prélas leur assentement en cest

escommeniement, et les prélas lui requistrent que ainsi comme il avoit ce

fait réciter par escript, ainsi leur ottroiast-il à avoir, si que il

peussent mieux et plus certainement prononcier leur assentement. Ainsi leur

ottroia l'apostole, et, le lendemain, quant le concile fu assemblé,

baillèrent leur escript à l'apostole qui contenoit telle sentence:

«Syre père apostole Jehan, de la sainte Eglyse de Rome, nous évesques de

France et de Belge, fils sergens et disciples de votre auctorité, nous nous

dolons pur grant compassion et plorons pour les plaies et les griefs que

les mauvais menistres et fils du déable ont fait à notre mère et maistresse

de toutes les églyses, l'Eglyse de Rome, et soustenons nostre jugement, et

nous consentons de cuer et de bouche et de voix à la sentence que vous avez

donnée sur eulx et sur leurs aydes, selon les drois des canons qui furent

establis et donnés par nos ancesseurs; et nous qui sommes sacrez par le

Saint-Esprit à l'ordre de prebstre et à la dignité d'évesque, les férons et

tresperçons du glaive du Saint-Esprit qui est la parole de Dieu. C'est à

savoir que, ainsi comme vous les avez dégetés de saincte Eglyse, nous les

en dégettons. Et ceulx qui à satisfacion vouldront venir, qui seront absous

de vostre auctorité, et par vous seront receus en saincte Eglyse selonc les

canons, nous tendrons pour absous et pour fils de saincte Eglyse. Tout

aussi comme il avint jadis des plaies d'Egypte selon ce que nous trouvons

en la saincte Escripture, que il n'y avoit maison où il ne y eust un mort,

né nul n'y avoit qui sceust l'autre conseillier, pource que chascun avoit

assez à plourer en sa maison; ainsi est-il de nous évesques, que chascun a

assez à plourer en son églyse; et, pour ce, nous tous vous supplions

humblement que vous nous secourez de vostre auctorité, et vous requérons

que vous establissiez et confermez un chapitre pourquoy nous en soions si

fors et si garnis par l'auctorité de l'Eglyse de Rome que nous nous

puissions vigoureusement deffendre contre les parjures maufaiteurs qui

tollent et détruisent les biens de nos églyses, et qui despisent les

sentences et les dignitez des évesques; selon ce que dist saint Pol

l'apostre, que tel gent soient livrés au déable, mais que il soient

touteffois saufs au jour du juise[149] Jeshu-Crist.» Cette sentence fist

l'apostole Jehan escripre avec la sentence de l'escommeniement, et voult

que tous les évesques y méissent leur subscripcion. Après commanda que les

canons du concile de Sardique feussent leus devant tous, et les décrets

l'apostole Léon qui parolent des évesques qui remuent leurs sièges; et les

canons du concile d'Auffrique qui deffendent les transmutations des

évesques qui pas ne doivent estre, né que l'en doive de rechief baptisier

né de rechief ordener; et ce fut fait pour l'arcevesque Frotaire qui de

Bordeaux s'en estoit alé à Poitiers et de Poitiers à Bourges.

Note 149: _Juise._ Jugement. Cette fin est une citation de la

première épître de saint Paul aux Corinthiens: «Traditus Sathane

spiritu salvus fiat in die Domini nostri Jesu-Christi.»

Les grandes chroniques de France (3/6) selon que elles sont conservées en l'Eglise de Saint-Denis · 第 49 / 369 题