ANNEE: 876.

_Coment le concile assembla de rechief, et coment les causes des églyses

furent débatues. Coment aucuns des Normans furent baptisiés qui puis

retournèrent à la mescréandise. De la mort le roy Loys de Germanie. Des

ormans qui se mistrent en Saine atout cent barges._

Le jour devant la première yde de juing rassembla le concile; mais avant

qu'il fust commencié i envoia l'empereur les messages l'apostoile pour

parler aux archevesques et aux évesques, pour eulx reprendre de ce qu'il

n'estoient pas venus le jour, si comme il leur avoit mandé; mais il

respondirent si raisonnablement que l'en s'en dust tenir apaié. De rechief

fut leue l'épistre l'apostoile de l'archevesque Ansegise, par le

commandement l'empereur: et la lut Jehan le Toscan, l'un des messages

l'apostoile. Si fu demandé de rechief aux prélas nouvelle responce, et il

respondirent que volentiers obéiroient, selon la rieule des canons, ainsi

comme leurs ancesseurs avoient obéis aux siens. Lors fu leur responce plus

légièrement receue que elle n'avoit esté devant, en la présence de

l'empereur. Après ce, fu parlé et disputé par devant les messages

l'apostoile de la clameur des prestres des diverses paroisses. Après ce,

refu oïe la cause et la complaincte Frotaire l'archevesque de Bordeaux, de

ce qu'il ne pouvoit demourer en sa cité, pour le grief que les Sarrasins li

faisoient. Pour ce requieroit qu'il peust venir à l'archeveschié de Borges;

mais sa requeste fut contredite de tous les évesques. Lors commandèrent les

messages l'apostoile qu'il assemblassent tous de rechief en la dix-septième

kalende d'aoust, bon matin; et quant il furent assemblés à cette journée si

vint l'empereur au concile, entour l'eure de nonne, couronné et appareillé

à la guise de Griex; et si l'amenoient les messages l'apostoile qui

estoient vestus à la guise de Rome, et le conduisirent jusques au milieu

des évesques qui estoient aussi revestus en aornemens de saincte Églyse. Si

avoient leurs mitres en leurs chiefs et leurs croces en leurs mains. Lors

fu chantée cette anthienne _Exaudi nos Domine_, à tout vers, et le

_Gloria_. Après le _Kyriel_ dist l'oraison l'évesque Léon, et quant tous

furent assis, Jehan l'évesque d'Arete, message l'apostoile, lut devant tous

un libelle dont la sentence estoit sans raison et sans auctorité. Après, se

leva Hues l'évesque de Beauvais, et lut une cédule que les messagiers

l'apostoile, et Ansegise, archevesque de Sens, et il meisme avoient faicte

et dictée sans l'assentement du concile; dans laquelle aucuns chapistres

estoient contenus qui entre eulx-meismes estoient contraires et

discordables. Et pour ce ne feurent pas là mis qu'il n'avoient né raison né

auctorité. De rechief fu mené question de la primacie en l'églyse

l'archevesque de Sens, et quant l'empereur et les messages l'apostoile en

eurent assez parlé et discuté entre les prélas, si n'en fut-il plus que il

en ot esté à la première journée du concile. Adonc se levèrent Pierre

l'archevesque de Forosimpre[110], et Jehan le Toscan; en la chambre le

roy s'en alèrent et amenèrent l'empereris toute couronnée, en estant se

tint de lès l'empereur. Lors se levèrent tous les prélas en estant en leur

ordre, Léon l'archevesque et le Touscan Jehan commencèrent leurs loenges et

graces à Dieu que l'évesque Léon accomplit par une oraison. Si se départit

le concile atant. Aux messages l'apostole l'empereur donna dons et présens,

congié pristrent atant et retournèrent à Rome. Avec eulx envoia l'empereur

en message Ansegise l'archevesque de Sens, et Algaires l'archevesque

d'Ostun.

Note 110: _Forosimpre._ Le latin porte: _Forum Sempronii_. C'est

aujourd'hui _Fossombrone_, dans le duché d'Urbin.

_Incidence._--Entre ces choses fit l'abbé Hues baptiser aucuns Normans qui

puis furent amenés à l'empereur qui leur fist donner dons. Atant

retournèrent à leur gent et puis repristrent leur mescréandise et

vesquirent païens comme devant. En la quinte kalende d'aoust se parti

l'empereur de Pontigon et retourna en France par Chalons. Là demoura

jusques aux ydes d'aoust pour une maladie qui le prist. En la dix-septième

kalende de septembre, vint à Rains et de Rains droict à Senlis; deux

messages l'apostoile qui estoient demourés, Jehan l'évesque d'Arete et

Jehan le Touscan, et l'évesque Hues de Beauvais envoia en message à Loys

son frère le roy de Germanie. Ces trois n'envoia par tant seulement, ains y

envoia ses fils et autres princes du royaume. Mais après qu'il furent mus,

vindrent nouvelles à l'empereur que son frère Loys, à qui il envoioit ses

messages, estoit trespassé en son palais de Franquefort, en la cinquième

kalende de septembre, et estoit ensépulturé en l'églyse Saint-Nazaire.

Tantost se parti l'empereur de Carisy et s'en ala à Satenai[111]. Ses

messages envoia aux barons du royaume, et s'appensa qu'il iroit tandis en

la cité de Mez pour eulx attendre là et récevoir. De propos changea et s'en

ala à Ais-la-Chapelle et mena avec soi les deux messages l'apostoile. De

Ais s'en ala à Couloigne. Assez fit-on de mal en cette voie; car ceulx qui

avec li estoient tolloient quoi qu'ils trouvoient, sans nul regart de

pitié.

Note 111: _Satanacum._ Stenay.

_Incidence._--En ce temps vindrent Normans en France par mer et entrèrent

en Saine à tout cent barges. Ces nouvelles furent contées à l'empereur en

la cité de Couloigne; mais oncques pour ce ne laissa à faire ce qu'il avoit

en propos.

Les grandes chroniques de France (3/6) selon que elles sont conservées en l'Eglise de Saint-Denis · 第 33 / 369 题