Note 41: _Annal. S.-Bertini, anno 870._

(Au moys de may qui après vint s'en ala à Atigny[42]). Là viendrent à luy

les messagiers Loys son frère, qu'il eut envoiés pour partir le royaume;

mais il ne vouldrent pas tenir les convenances qui devant avoient este

jurées, si estoient plus fiers et plus hautains pour la prospérité de leur

seigneur, pour ce qu'il avoit pris, tant par barat comme par armes, le

prince des Wandres qui longuement avoit à luy guerroié et mains dommages

luy avoit fais. En moult de manières fu cette partition devisée et mandée

aux deux parties par divers messages; n'accorder ne se pouvoient. A la

parfin fut ainsi atiré que le roy Charles leur manda que il et Loys son

frère assemblassent paisiblement au royaume qui devoit être parti, et

fussent faictes loyales parties selon les convenances et les sermens qui

avoient esté fais, par le regart des preudes hommes qui à ce faire fussent

mis par les parties. Entre ces choses fu assemblé ung conseil d'évesques de

dix provinces. Là fu accusé de plusieurs cas Haimart l'évesque de Loon et

meismement de deux choses de ce qu'il ne vouloit obéir au roy Charles comme

à son prince, né à l'archevesque de Rains comme à son prélat. Mais

toutesvoies fu-il contraint à ces deux choses: son libelle escripvit et le

rendit en plein conseil. Si contenoit cette sentence: «Je, Haimart, évesque

de Loon, regehis et cognois que je dois être et serai désormais obédient et

féable au roy Charles, selon mon estat, si comme évesque doit être par

droit à son prince terrien et à son roy; et si promets aussi que je ferai

obédience à mon pouvoir à l'archevesque de Rains, telle comme je lui dois

faire selon les droits et les canons et les décrets des anciens pères, à

mon sens et à mon pouvoir.» Et quant il eut ce dict, il mist sa

subscription en son libelle.

Note 42: Cette précieuse parenthèse n'est pas traduite des Annales de

Saint-Bertin, et ne se trouve que dans le continuateur d'Aimoin. Ce

fut effectivement dans le palais d'Attigny qu'Hincmar de Reims obtint

la condamnation d'Hincmar de Laon.

Charlemaine le fils le roy Charles, qui estoit nommé abbé de plusieurs

abbaïes, faisoit moult de griefs et de dommages à son père; et pour ce

perdit-il les abbaïes qu'il tenoit et fu mis en prison à Senlis. (En ce

temps tenoient les princes lays aucunes abbaïes.) Entre ces choses envoia

le roy Charles ses messages[43] à Loys son frère, Eudes l'évesque de

Beauvais, et deux comtes Hardoin et Odon; et luy manda qu'il assemblassent

paisiblement pour partir le royaume Lothaire. Après, s'en ala à une ville

qui a nom Pontigon[44], là retournèrent à luy les messages qu'il eust

envoiés à Loys, son frère, et luy nuncièrent la responce qu'il luy mandoit,

qui telle estoit qu'il venist jusques à Haristalle, et il viendroit d'autre

part jusques à Marne[45]; et au milieu de ces deux lieux assembleroient à

parlement; et amenast chacun tant seulement quatre évesques et dix

conseillers et trente que vassaux que chevaliers[46]. Ainsi fu la chose

créantée. Le roy Loys mut et s'en vint à Flamereshem en la contrée de

Ribuarie[47]; là luy advint telle adventure qu'il chaï d'un solier qui

estoit viel et pourri luy et aucuns de sa gent. Blessé fu en sa jambe, mais

assez tost fu gari si comme il luy sembloit. (Il se hasta ung peu trop, car

la bleceure ne fu pas bien esteinte, si comme nous le dirons ci-après.) A

Ais-la-Chapelle s'en alla. Le roy Charles se rapproucha d'autre part au

lieu déterminé, et tant coururent messages d'une partie et d'une autre que

les deux roys assemblèrent là où il estoit dévisé en la cinquième kalende

d'aoust. Là départirent le royaume paisiblement selon les convenances

devant dictes.

Les grandes chroniques de France (3/6) selon que elles sont conservées en l'Eglise de Saint-Denis · 第 14 / 369 题