(Au moys de may qui après vint s'en ala à Atigny[42]). Là viendrent à luy
les messagiers Loys son frère, qu'il eut envoiés pour partir le royaume;
mais il ne vouldrent pas tenir les convenances qui devant avoient este
jurées, si estoient plus fiers et plus hautains pour la prospérité de leur
seigneur, pour ce qu'il avoit pris, tant par barat comme par armes, le
prince des Wandres qui longuement avoit à luy guerroié et mains dommages
luy avoit fais. En moult de manières fu cette partition devisée et mandée
aux deux parties par divers messages; n'accorder ne se pouvoient. A la
parfin fut ainsi atiré que le roy Charles leur manda que il et Loys son
frère assemblassent paisiblement au royaume qui devoit être parti, et
fussent faictes loyales parties selon les convenances et les sermens qui
avoient esté fais, par le regart des preudes hommes qui à ce faire fussent
mis par les parties. Entre ces choses fu assemblé ung conseil d'évesques de
dix provinces. Là fu accusé de plusieurs cas Haimart l'évesque de Loon et
meismement de deux choses de ce qu'il ne vouloit obéir au roy Charles comme
à son prince, né à l'archevesque de Rains comme à son prélat. Mais
toutesvoies fu-il contraint à ces deux choses: son libelle escripvit et le
rendit en plein conseil. Si contenoit cette sentence: «Je, Haimart, évesque
de Loon, regehis et cognois que je dois être et serai désormais obédient et
féable au roy Charles, selon mon estat, si comme évesque doit être par
droit à son prince terrien et à son roy; et si promets aussi que je ferai
obédience à mon pouvoir à l'archevesque de Rains, telle comme je lui dois
faire selon les droits et les canons et les décrets des anciens pères, à
mon sens et à mon pouvoir.» Et quant il eut ce dict, il mist sa
subscription en son libelle.
Note 42: Cette précieuse parenthèse n'est pas traduite des Annales de
Saint-Bertin, et ne se trouve que dans le continuateur d'Aimoin. Ce
fut effectivement dans le palais d'Attigny qu'Hincmar de Reims obtint
la condamnation d'Hincmar de Laon.
Charlemaine le fils le roy Charles, qui estoit nommé abbé de plusieurs
abbaïes, faisoit moult de griefs et de dommages à son père; et pour ce
perdit-il les abbaïes qu'il tenoit et fu mis en prison à Senlis. (En ce
temps tenoient les princes lays aucunes abbaïes.) Entre ces choses envoia
le roy Charles ses messages[43] à Loys son frère, Eudes l'évesque de
Beauvais, et deux comtes Hardoin et Odon; et luy manda qu'il assemblassent
paisiblement pour partir le royaume Lothaire. Après, s'en ala à une ville
qui a nom Pontigon[44], là retournèrent à luy les messages qu'il eust
envoiés à Loys, son frère, et luy nuncièrent la responce qu'il luy mandoit,
qui telle estoit qu'il venist jusques à Haristalle, et il viendroit d'autre
part jusques à Marne[45]; et au milieu de ces deux lieux assembleroient à
parlement; et amenast chacun tant seulement quatre évesques et dix
conseillers et trente que vassaux que chevaliers[46]. Ainsi fu la chose
créantée. Le roy Loys mut et s'en vint à Flamereshem en la contrée de
Ribuarie[47]; là luy advint telle adventure qu'il chaï d'un solier qui
estoit viel et pourri luy et aucuns de sa gent. Blessé fu en sa jambe, mais
assez tost fu gari si comme il luy sembloit. (Il se hasta ung peu trop, car
la bleceure ne fu pas bien esteinte, si comme nous le dirons ci-après.) A
Ais-la-Chapelle s'en alla. Le roy Charles se rapproucha d'autre part au
lieu déterminé, et tant coururent messages d'une partie et d'une autre que
les deux roys assemblèrent là où il estoit dévisé en la cinquième kalende
d'aoust. Là départirent le royaume paisiblement selon les convenances
devant dictes.