IX

Oui, j’en ai le plein et bienheureux souvenir, comme s’il était d’hier,

et beaucoup d’âmes m’ont raconté les faits de leur enfance, assez

nombreux, assez distincts pour servir de base scientifique. Oui, l’âme

pure du petit enfant voit dans son père un homme divin, tout sage et

tout-puissant, et dans sa mère tous les trésors de la bonté, de l’amour

et de la beauté. Je ne sais rien de plus profond que ces paroles de la

piété chrétienne que disent aux petits enfants, dans les écoles et les

églises, les prêtres et les religieuses: «Mon enfant, voyez dans votre

père Jésus-Christ, et dans votre mère la sainte Vierge!» La famille,

c’est l’Église primitive et privée, c’est la religion naturelle,

admirable symbole, puissante préparation de la surnaturelle et

universelle religion. O homme, ô compagne de l’homme, voilà donc ce que

croient de vous ces petits! Voilà ce que Dieu leur fait croire, Dieu qui

veut leur donner, en vous montrant à eux, les saintes visions et les

idées divines, les plus grandes, les plus vraies, les plus fécondes

qu’ils pourront jamais acquérir! Parlez! est-ce une assez magnifique

mission? Votre devoir, c’est donc de représenter Dieu! Être pour eux un

Dieu visible, les remplissant ainsi de joie, de foi, de confiance,

d’idéales espérances, de célestes images, et souvent, dès la plus tendre

enfance, d’ineffaçables sentiments de justice, d’héroïsme et d’honneur.

Voilà ce que vous leur devez. C’est pour eux l’impulsion initiale de la

vie: ne voulez-vous donc pas la rendre, pour ces pauvres petits que Dieu

vous a confiés, puissante, heureuse et sainte? Dieu soit loué! il y a

des pères et des mères qui remplissent, en esprit et en vérité, cet

admirable sacerdoce. Et vous, ne le voulez-vous pas aussi? Vous leur

devez donc, ô mon frère, le spectacle de toute beauté morale. Le leur

donnerez-vous, si vous n’êtes pur, digne, juste, tempérant, intelligent

et religieux, maître de vous dans la douceur et la bonté? Prenez garde!

ils sentent l’imperceptible: ils voient tout et comprennent tout.

X

Heureux, mille fois heureux ceux qui ont reçu de leurs pères, et

laissent à leurs enfants, comme héritage fondamental, ces images et ces

souvenirs! Puissance bénie des traditions sacrées de la famille, que

vous êtes grande et que vous êtes rare! Aujourd’hui, les générations

morcelées vivent à part, et les familles ne forment plus, dans la trame

sociale, ces lignes suivies, fermes et continues, qui font la solidité

de l’ensemble. Oh! que ne comprend-on la noblesse! Et comment tous les

hommes, depuis le prince jusqu’au dernier des pâtres, ne la désirent-ils

pas et ne travaillent-ils pas à la fonder? Oui, la noblesse pour tous!

Elle est ouverte à tous par le travail et la vertu. Le culte des

ancêtres! Belle parole et grande chose! Est-ce donc que tout homme n’a

pas en lui le profond et providentiel désir de laisser une mémoire

bénie? Le Christ lui-même, second père des hommes, lorsqu’il transmet

son sang à la nouvelle humanité, n’a-t-il pas dit: «Faites ceci en

mémoire de moi?» Est-ce que tout père ne devrait pas aussi vouloir

transmettre, avec son sang, une noble, sainte et bienfaisante mémoire?

Les Sources · 第 124 / 138 题