II

Mais combien il sera difficile peut-être de me faire entendre!

Nous sommes aujourd’hui, en Europe, cruellement divisés; divisés par des

ignorances incurables et par d’inextricables malentendus.

Tout est nié, tout est affirmé, absolument nié ou absolument affirmé.

Les voix se choquent directement et s’éteignent l’une contre l’autre. Et

déjà la colère intervient, la foudre s’accumule; le sombre aveuglement

de l’orage et de la colère nous enveloppe, et la lumière de la raison et

la sérénité de la justice sont étouffées.

Mais ne pourrions-nous donc nous entendre en un point? Ne pourrions-nous

pas, tous ensemble, nous appuyer sur l’évident principe de l’éternelle

morale, de l’infaillible et universelle religion? Être bons les uns pour

les autres, être justes les uns pour les autres? Avoir pitié de

l’immense multitude qui souffre, et vouloir essuyer tant de larmes? Ne

serait-ce pas là le point incontesté? N’est-ce pas là l’évidence morale

et la vérité nécessaire? N’y aurait-il pas là une base inébranlable, un

point de départ simple, solide et accepté de tous?

Je l’espère, voilà par où commencera le retour à la paix, à l’union, à

la force que donne l’union et aux miracles que produit la force des

hommes unis.

Oui, nous nous unirons dans une immense pitié pour les souffrances du

monde, et dans l’espoir et dans la volonté de les guérir.

Oui, la vérité se démontrera de nouveau, pour produire de nouveaux

grands siècles. Elle se démontrera, non plus par des discours, mais bien

par des miracles. Les discours sont usés. Jésus démontrait sa doctrine

en guérissant les hommes et en multipliant les pains. La vérité réelle

et incarnée veut, aujourd’hui encore, se démontrer en guérissant les

peuples et en multipliant la vie dans toute l’humanité.

Il y a là un nouveau principe d’héroïsme et d’enthousiasme que Dieu veut

inspirer à notre siècle. Ouvrons nos cœurs et nos esprits à cette

inspiration et à cette force.

N’est-il pas temps de commencer les grands changements, les vraies

révolutions, et d’imposer aux nations elles-mêmes les lois de Dieu? Tu

ne tueras pas! Tu ne déroberas pas! Pourquoi ces lois, évidemment

divines et nécessaires, n’atteignent-elles que les hommes isolés, mais

non pas les hommes rassemblés? Pourquoi les peuples sont-ils ligués

contre les lois de Dieu? Comment un peuple dont la législation condamne

le misérable qui vole un peu d’argent continue-t-il à s’organiser pour

le pillage du globe?

C’est en présence de ces questions que je vous dis, à vous qui voulez

être clairvoyant et courageux, ces mots de la sainte Écriture: «Prends

de la force, et deviens un homme.» Pourquoi? Pour faire triompher sur la

terre les évidences morales qui maintenant nous pressent. Deviens fort

pour imposer au monde la raison et la loi de Dieu. Sois homme pour oser

dire: «Au nom de Dieu, il faut que le désordre cesse. Je le veux. J’y

mettrai ma tête s’il le faut.»

Oh! pourquoi le courage moral et religieux existe-t-il à peine? Est-ce

la force de sacrifier sa vie qui manque à l’homme? En aucune sorte.

Parmi nous, qui n’a pas cet atroce courage des batailles, toujours prêt

à marcher, sans hésiter, au-devant du fer et du feu? Nul ne refuse de

s’élancer contre la mort la plus épouvantable. Nul ne recule. Les

enfants y vont comme les autres. Tout homme que soutiennent une patrie

et l’honneur sait mourir. O sublime beauté du courage! Grandeur,

noblesse et majesté du genre humain! Voyez, par ce sublime côté, si

l’humanité n’est pas belle! Voyez si l’homme n’est pas une force dont la

grandeur est encore inconnue!

Que sera-ce donc quand cette force immense, cette incalculable puissance

du courage qui sacrifie la vie, s’appliquera, non plus à l’extermination

guerrière, tradition du vieux monde païen, mais à la protection de

l’ordre et de la justice sur la terre, et à la réunion des peuples sous

l’unité de la loi de Dieu?

Nous avons commencé à régner magnifiquement sur la matière par la

puissance des lois physiques enfin connues et appliquées. Commençons

maintenant, par la puissance des lois morales éternellement connues, à

régner sur nous-mêmes et sur le genre humain. On peut, on doit faire

triompher dans l’ensemble la loi morale et la justice. On peut

s’entendre pour réprimer par toute la terre ceux qui volent et qui

tuent, hommes ou peuples. On peut marcher vers l’union croissante des

hommes et des nations. Voilà le but. Voilà la terre promise! Heureux

ceux qui ne cessent d’y croire et d’y marcher!

C’est dans ce but et dans cette foi que je vous dis: Sois bon! Prends de

la force, et deviens homme!

Les Sources · 第 67 / 138 题