Quant à la troisième des questions historiques, «quelle est la voie de
l’avenir?» je crois qu’il vous sera utile de la poser et de la traiter.
Ce n’est plus, si l’on veut, que de la philosophie de l’histoire. Soit.
C’est précisément la science comparée que nous cherchons.
Dans cette question, il faut partir de ce principe, que l’homme est
libre et que le genre humain finira comme il voudra. Il faut admettre,
avec l’Écriture sainte, que «Dieu a mis l’humanité et l’a laissée dans
la main de son propre conseil; que la vie et la mort sont devant nous;
qu’il nous sera donné ce vers quoi nous tendrons la main.» D’après cela,
Herder avait raison de dire: «Tout ce qu’une nation ou une partie de
l’humanité voudra sincèrement pour son bien lui sera donné.» Ce qui
s’appuie encore sur la parole du Christ: «Si vous aviez la foi, rien ne
vous serait impossible.»
Cela posé, nous devons croire qu’il est possible d’atteindre le but, et
que si l’Église catholique dit: «O Père, qui as donné à tes enfants ce
globe pour le cultiver, fais qu’ils n’aient qu’un cœur et qu’une âme, de
même qu’ils n’ont qu’une seule demeure;» si cette sublime parole est
manifestement le but, nous pouvons y atteindre, ou tout au moins en
approcher, autant que l’homme sur terre peut approcher de la perfection.
«Si on le voulait, dit saint Augustin, si l’on suivait les préceptes de
Dieu, la république terrestre ferait, par sa félicité, l’ornement de ce
monde présent, et s’avancerait, en montant toujours, vers le royaume de
la vie éternelle[30].»
[30] Cujus præcepta de justis probisque moribus si simul audirent
atque entrarent... et terras vitæ præsentis ornaret sua felicitate
respublica, et vitæ æternæ culmen beatissime regnatura conscenderet.
(_De Civit. Dei_, lib. II, p. 72.)
Voilà le but, l’idéal, le possible. Nous sommes libres d’y arriver. Mais
y arriverons-nous, et par quelle voie, et quel serait, en ce cas, le
plan de l’histoire future? C’est la question.
Et quelle question plus grande et plus pressante? C’est l’homme voyageur
sur la terre qui se demande: Où est ma route? Où est «ce chemin de Dieu
sur la terre[31]», qu’il faut connaître, et qui mène au but?
[31] Ut cognoscamus in terra viam tuam.
Vous comprenez que cette question est digne des plus sérieuses
méditations d’une vie entière.