FOI.--SCIENCE COMPARÉE

I

Mais, disions-nous, qu’est-ce que Dieu veut de l’esprit humain? Grande

question, que je n’aborde pas ici tout entière. Je poursuis ces conseils

pratiques. Il est vrai qu’ils nous mènent à considérer un côté, fort

important pour nous, de cette question.

Je vous ai dit que, quand un homme se donne vraiment à Dieu et devient

son disciple, Dieu le pousse à une œuvre, le salut du siècle où il vit.

Dieu lui montre le monde malade, couché dans les ténèbres et la

souffrance; il lui donne le regard du Christ pour en sonder les plaies,

et quelque chose du cœur du Christ pour les sentir: puis il lui dit, au

fond du cœur: «Il y a peu d’ouvriers.»

Quand l’homme comprend et se décide à devenir un ouvrier, un de ces

«ouvriers dont parle le prophète, qui travaillent sur les nations[9],»

qui fortifient leurs frères, et que Dieu suscite quelquefois pour sauver

un siècle ou un peuple, alors Dieu lui inspire, par la compassion et

l’amour, l’intelligence, ou instinctive ou développée, de l’œuvre à

entreprendre.

[9] Zach., I, 20, 21. Et ostendit mihi Dominus quatuor fabros... ut

dejiciant cornua gentium.

Or, aujourd’hui, quelle est la plaie et quelle est l’œuvre?

Il n’est pas nécessaire d’être prophète pour le savoir, Jésus-Christ dit

aux hommes dans l’Évangile: «Vous savez bien prévoir le beau temps ou

l’orage; hypocrites! pourquoi ne connaissez-vous pas aussi les signes

des temps[10]?»

[10] Luc, XII, 56.

Vous donc qui voulez devenir ouvrier parmi les hommes, rendez-vous

attentif aux signes des temps qui s’aperçoivent.

Mais d’abord, qu’attendez-vous de la marche de l’humanité sur la terre?

Vers quel avenir va le monde? Comment finira-t-il?

Pour moi, je crois que le monde est libre et finira comme il voudra. Le

monde finira comme un saint, comme un sage, ou comme un méchant:

peut-être comme une de ces âmes insignifiantes et inutiles que Dieu seul

peut juger. Tout est possible. L’humanité est libre. Il n’y a pas

d’article de foi sur ce point. La seule chose qu’en ait dite le Christ,

si toutefois j’entends bien ses paroles, est une question qu’il a posée

sans la résoudre. «Quand le fils de l’Homme reviendra, dit-il,

pensez-vous qu’il trouve encore de la foi sur la terre?» Il semble que,

sur ce sujet, le doute est la vérité même.

Or, je ne sais si vous sentez ceci comme je le sens, mais ce doute

m’électrise. Le doute énerve d’ordinaire; ici il vivifie, il transporte.

Oui, il se peut que sur la face de cette terre, comme fruit de tant de

larmes et de luttes, le bien l’emporte enfin, que le règne de Dieu

arrive, et que sa volonté soit faite en la terre, comme au ciel. Il se

peut que l’histoire finisse par une moisson. Et il se peut aussi que

tout finisse par la stérilité, comme la vie du figuier maudit; que,

comme on voit des hommes, épuisés de débauche et perdus de folie, mourir

avant le temps, le monde aussi vienne à mourir avant le temps, épuisé de

débauche et perdu de folie. Il se peut que la justice et la vérité

soient vaincues, et rentrent dans le sein de Dieu en maudissant la terre

qui aura refusé de donner son fruit. Or, vous savez qu’aujourd’hui,

parmi nous, bien des esprits découragés soutiennent qu’il en sera

certainement ainsi. D’autres, étrangement confiants, déclarent qu’il en

sera, sans aucun doute, tout autrement, et que le bien doit triompher

sur terre. Moi, je l’ignore, et je ne sais qu’une seule chose, c’est que

l’humanité est libre et que l’homme finira comme il voudra. Je sais que

vous, moi, chacun de nous, nous pouvons ajouter nos mouvements et notre

poids au mouvement de décadence qui nous emporte vers l’abîme, ou bien,

au nom de Dieu, et en union avec le Christ, travailler à sauver le

monde, et à redresser, en ce moment même, la direction du siècle et de

l’histoire, si elle est fausse.

Mais, je vous le demande maintenant, et ceci est la plaie du siècle,

qu’est-ce qui nous manque à tous pour cette œuvre?

Il nous manque la foi.

Si vous aviez de la foi, seulement comme un grain de sénevé, a dit le

Christ, vous transporteriez les montagnes, et rien ne vous serait

impossible. Or, qui est-ce qui croit maintenant que rien n’est

impossible? Qui est-ce qui croit qu’on peut transporter les montagnes,

qu’on peut guérir les peuples, faire prédominer la justice dans le

monde, et, dans l’esprit humain, la vérité? Où sont-ils, ces croyants?

La foi manque dans ceux qu’il faut sauver, et l’on ne peut pas les

saisir; et la foi manque dans ceux qui veulent ou croient vouloir sauver

les autres, et ils n’ont pas la force d’entraîner ceux qu’ils auraient

saisis.

Quand le Fils de l’Homme reviendra, pensez-vous qu’il trouve encore de

la foi sur la terre?

Je le vois, nous sommes sous le coup de cette question. Voilà la plaie.

«Seigneur, augmentez-nous la foi.» Voilà donc la prière qu’il faut

faire, et l’œuvre à laquelle il faut nous attacher.

Mais comment?

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