[1: Longue robe.]
[2: La crainte de l'Empereur est en quelque sorte expliquée par le récit
qu'on va lire, et qui m'a été envoyé de Rome au mois de janvier 1843 par
une des personnes les plus véridiques que je connaisse. «Le dernier jour
de décembre, je fus à l'église del Gesu, qui avait été décorée de
superbes tapisseries. Une enceinte avait été formée devant le magnifique
autel de saint Ignace, qui était resplendissant de lumières. Les orgues
jouaient des symphonies très-harmonieuses; l'église était remplie de ce
que Rome possède de plus distingué; deux fauteuils avaient été placés à
gauche de l'autel. On vit bientôt arriver la grande-duchesse Marie,
fille de l'Empereur de Russie, et son mari le duc de Leuchtenberg,
accompagnés des principaux personnages de leur suite et des gardes
suisses qui les escortent; ils prirent place sur les fauteuils réservés
pour eux, sans se mettre à genoux sur les prie-Dieu qui étaient devant
eux, et sans faire attention au saint sacrement qui était exposé. Les
dames d'honneur s'assirent derrière le prince et la princesse, ce qui
obligeait ceux-ci à reverser la tête de côté pour faire la conversation
comme s'ils eussent été dans un salon. Deux chambellans étaient restés
debout, comme c'est l'usage, auprès des grands. Un sacristain crut que
c'était parce qu'ils n'avaient pas de siéges; il s'empressa de leur en
porter, ce qui excita le rire du prince, de la princesse et de leur
entourage d'une manière tout à fait inconvenante. À mesure que les
cardinaux arrivaient, ils prenaient leur place; le pape est arrivé
ensuite, et est allé s'agenouiller sur un prie-Dieu où il est resté tout
le temps de la cérémonie. Le _Te Deum_ fut chanté en action de grâces
pour les faveurs obtenues dans le courant de l'année qui vient de
s'écouler; un cardinal donna la bénédiction. Sa Sainteté était toujours
prosternée; le prince de Leuchtenberg s'était mis à genoux, mais la
princesse était restée assise.»]
[3: Ce reproche ne s'adresse qu'aux monuments construits depuis Pierre
Ier; les Russes du moyen âge, quand ils bâtissaient le Kremlin, avaient
bien su trouver l'architecture qui convenait à leur pays et à leur
génie.]
[4: L'autre jour un Russe revenait de Pétersbourg à Paris; une femme de
son pays lui dit: «Comment avez-vous trouvé le maître?--Très-bien.--Et
l'homme?--L'homme, je ne l'ai pas vu.» Je ne cesse de le répéter: les
Russes sont de mon avis, mais c'est ce qu'ils ne diront pas.]
[5: Les quais de la Néva sont de granit, la coupole de Saint-Isaac est
de cuivre, le palais d'hiver, la colonne d'Alexandre sont de belle
pierre, de marbre et de granit, la statue de Pierre Ier est d'airain.]
[6: Cette conversation est reproduite mot à mot.]
[7: Quelques jours après que cette lettre fut écrite, il se passa dans
l'intérieur de la cour une petite scène qui fera connaître les manières
des jeunes gens les plus à la mode aujourd'hui en Angleterre, ceux-ci
n'ont rien à reprocher ni à envier aux agréables les plus impolis de
Paris: il y a loin de ce genre d'élégance brutale à la politesse des
Buckingham, des Lauzun et des Richelieu.--L'Impératrice voulait donner
un bal intime à cette famille près de quitter Pétersbourg. Elle commence
par inviter elle-même le père qui danse si bien avec une jambe de bois.
«Madame, répond le vieux marquis ***, on m'a comblé à Pétersbourg, mais
tant de plaisirs surpassent mes forces: j'espère que Votre Majesté me
permettra de prendre congé d'elle ce soir et de me retirer demain matin
sur mon yacht pour retourner en Angleterre; sans cela je mourrais de
joie en Russie.--Eh bien, je renonce à vous,» reprend l'Impératrice,
satisfaite de cette réponse polie, et digne de l'époque où le vieux lord
dut entrer dans le monde; puis se retournant vers les fils du marquis
qui devaient prolonger leur séjour à Pétersbourg: «Je compte au moins
sur vous,» dit-elle à l'aîné.--«Madame, répond celui-ci, nous avons pour
ce jour-là une partie de chasse aux rennes.» L'Impératrice qu'on dit
fière, ne se décourage pas, et s'adressant au cadet: «Vous, du moins,
vous me resterez,» lui dit-elle. Le jeune homme, à bout d'excuses, ne
sait que répondre, mais dans son dépit il appelle son frère et lui dit
tout haut: «C'est donc moi qui suis la victime?» Cette anecdote a fait
la joie de la cour.]
[8: CÉRÉMONIAL DE LA CÉLÉBRATION DU MARIAGE DE SON ALTESSE IMPÉRIALE
MADAME LA GRANDE-DUCHESSE MARIE NICOLAIEVNA AVEC SON ALTESSE SÉRÉNISSIME
MONSEIGNEUR LE DUC MAXIMILIEN de LEUCHTENBERG, APPROUVÉ PAR SA MAJESTÉ
L'EMPEREUR.
Le jour qui aura été choisi pour la cérémonie, une salve de cinq coups
de canon, tirés des remparts de la forteresse de Saint-Pétersbourg,
annoncera que dans cette journée devra avoir lieu la célébration du
Mariage de SON ALTESSE IMPÉRIALE MADAME LA GRANDE-DUCHESSE MARIE
NICOLAIEVNA AVEC SON ALTESSE SÉRÉNISSIME MONSEIGNEUR LE DUC MAXIMILIEN
DE LEUCHTENBERG.
D'après les annonces qui auront été envoyées, les membres du
Saint-Synode et du haut Clergé, la Cour et les autres personnes de
distinction des deux sexes, les Ambassadeurs et Ministres étrangers, les
Généraux, les Officiers de tout grade de la Garde et les Officiers
supérieurs des autres troupes, se réuniront au Palais d'Hiver, à heures
du matin, les Dames en costume russe et les Cavaliers en grand uniforme.
Lorsque les Dames d'honneur, qui auront été appelées pour habiller
l'Auguste Fiancée, sortiront des appartements intérieurs après avoir
accompli cette fonction, un Maître des Cérémonies en avertira l'Auguste
Fiancée, et l'accompagnera jusqu'aux appartements intérieurs.
Dans cette journée, l'Auguste Fiancée portera une couronne sur la tête,
et par-dessus la robe, un manteau de velours ponceau, doublé d'hermine,
dont la longue traîne sera portée aux côtés par quatre Chambellans, et à
l'extrémité par le dignitaire en fonctions d'Écuyer de SON ALTESSE
IMPÉRIALE.
LEURS MAJESTÉS L'EMPEREUR ET L'IMPÉRATRICE se rendront des appartements
intérieurs, à la chapelle du Palais, dans l'ordre suivant: