«Paris, ce mardi 10 novembre 1820.
«Je crois être sûr de notre succès, aimable amie; je dis _nôtre_,
car vous y avez mis un sentiment très-aimable dont le premier
intéressé doit être touché. Vos conseils nous ont parfaitement
guidés, et je m'associe de tout mon coeur à cet intérêt commun
d'amitié. M. Pasquier, préparé sûrement à cette idée, m'a déclaré
vouloir la suivre comme _sienne_: je dois à la justice de vous dire
qu'il y a mis très-bonne grâce et se fait honneur en y mettant de
l'intérêt, ne doutant pas du succès, ce qui prouve qu'il a tâté la
disposition du roi sur l'idée générale. Mais pour aller plus vite,
il a désiré que j'allasse sur-le-champ chez M. de Richelieu, et que
je forçasse sa porte avant qu'il allât au château. J'ai trouvé la
même disposition, le même désir d'obliger notre ami, et surtout
d'opérer la réconciliation avec le roi, ce qui est l'essentiel.
Tous deux ont dit que la place de ministre d'État ne devait pas
faire difficulté, qu'elle serait rendue; que pour l'époque précise,
on ne disputerait pas, mais qu'il fallait ménager une certaine
répugnance d'en haut à défaire précisément ce qu'on avait fait.
«Mais tout semble indiquer que les procédés seront assez gracieux
pour que le reste s'arrange et se simplifie. Tous deux sentent la
nécessité de ne pas perdre un moment, et de finir d'ici à huit
jours.
«Vous serez contente, je crois, de ces détails. Dites à
Chateaubriand que je m'estimerai toujours heureux d'avoir rendu
tout à la fois au roi et à lui un véritable service, en les
replaçant dans des rapports convenables.
«Recevez tous mes hommages.»