(20 août 1797).
_Au citoyen Grogniard, ordonnateur de la marine, à Toulon._
J'ai reçu, citoyen, votre lettre du 13 thermidor, avec celle qui y était
jointe.
Pitt n'aurait pas pu se conduire d'une manière plus contraire à notre
marine, que viennent de le faire, à l'égard de la marine de Toulon, les
commissaires de la trésorerie.
La solde des marins du département de Toulon était arriérée depuis trois
mois; ils refusaient, en conséquence, de s'enrôler, et empêchaient
par-là le contre-amiral Brueys de partir.
La même raison vous empêchait de m'envoyer des officiers marins et des
matelots pour l'armement des vaisseaux vénitiens.
Je vous envoie un million provenant des contributions de l'armée
d'Italie, afin de vous mettre à même de subvenir à ces dépenses
urgentes, et de remplir le premier devoir qui est imposé par la loi à la
trésorerie: et ses commissaires ont l'impudence de vous ôter ce million!
et vous avez la faiblesse d'y consentir!
Je ne suis pas votre juge; mais si vous étiez sous mes ordres, je vous
mettrais aux arrêts pour avoir obtempéré à une réquisition ridicule et
avoir laissé partir ce million pour Paris, lorsque la trésorerie ne
remplit pas son devoir le plus sacré, qui est la solde de vos marins:
peut-être que les commissaires ne se doutaient pas combien ils
entravaient la marche de nos opérations, et combien ils faisaient de
tort aux armes de la république, en vous ôtant ce million dans ce
moment-ci.
La trésorerie, me dites-vous, donne l'ordre au payeur de l'armée
d'Italie de fournir un autre million à Toulon; les commissaires savent
cependant mieux que personne que l'argent que la caisse de l'armée
d'Italie a fourni, joint aux dépenses immenses d'une armée aussi
nombreuse, nous mettent désormais dans l'impossibilité de subvenir aux
besoins d'autres services que celui de l'armée.
L'amiral Brueys me mande de Corfou qu'il arrive à Venise, et qu'il est
arriéré de quatre mois de solde: c'est encore un surcroît de dépense
très-considérable pour la caisse de l'armée; mais nous chercherons à y
subvenir en tout ou en partie. Le soldat de l'armée d'Italie se fera
toujours un plaisir de partager son pain avec les braves marins.
Croyez, je vous prie, aux sentimens, etc.