(16 août 1797).
_Au directoire exécutif._
L'empereur paraît diriger toutes ses forces vers l'Italie: les
nombreuses recrues qu'il fait, jointes aux prisonniers qu'on lui a
rendus et qu'il a le temps d'exercer, le mettront dans le cas de
m'opposer une armée formidable. Peut-être jugerez vous essentiel de
faire passer à l'armée d'Italie une augmentation de cavalerie, quelques
compagnies d'artillerie et quelques demi-brigades d'infanterie.
Vous jugerez également nécessaire d'ordonner au général Kellermann
de renvoyer de l'armée des Alpes tous les détachemens qu'il a des
demi-brigades appartenant à l'armée d'Italie.
J'ai envoyé à la citadelle de Corfou les deux premiers bataillons de
la soixante-dix-neuvième, je désirerais que vous donnassiez l'ordre au
général Sabuguet de nous faire passer le troisième, qui se trouve à
Avignon, et que je ferai également partir pour Corfou.
Les îles de Corfou, de Zante et de Céphalonie sont plus intéressantes
pour nous que toute l'Italie ensemble.
Je crois que si nous étions obligés d'opter, il vaudrait mieux restituer
l'Italie à l'empereur, et garder les quatre îles, qui sont une source
de richesses et de prospérité pour notre commerce. L'empire des Turcs
s'écroule tous les jours.
La possession de ces îles nous mettra à même de le soutenir autant que
cela sera possible, ou d'en prendre notre part.
Les temps ne sont pas éloignés où nous sentirons que, pour détruire
véritablement l'Angleterre, il faut nous emparer de l'Égypte. Le vaste
empire ottoman, qui périt tous les jours, nous met dans l'obligation de
penser de bonne heure à prendre des moyens pour conserver notre commerce
du Levant.
Les citadelles de Corfou, de Zante et de Céphalonie sont en très-bon
état, pourvues d'une nombreuse artillerie: je fais réparer les affûts
et je viens d'y envoyer des vivres et des munitions pour un an. Je
désirerais donc avoir le troisième bataillon de la soixante-dix-neuvième
demi-brigade, que j'y ferais passer. Je vais y envoyer deux mille
Cisalpins.