(4 août 1797).
_Au contre-amiral Brueys._
Je crois essentiel, citoyen général, que vous vous rendiez le plus tôt
possible à Venise, en laissant à Corfou le vaisseau vénitien que vous y
prendrez à votre retour.
Vous trouverez à Venise des habillemens pour deux mille matelots et sept
cents hommes d'infanterie, vos vivres pour deux mois, et 500,000 fr.
pour payer vos matelots.
Pendant ce temps-là, vous donnerez une instruction à l'officier que vous
laisserez à Corfou, pour qu'il complète les équipages des vaisseaux
vénitiens, et qu'on les mette dans le meilleur état pour leur retour.
Votre présence à Venise vous mettra à même de prendre vos vivres et les
hommes dont vous avez besoin pour armer les vaisseaux vénitiens.
Vous vous mettrez à même de pouvoir cacher pendant près de deux mois
l'intention où nous sommes d'enlever tous les vaisseaux vénitiens, et
pendant cet intervalle les cinq vaisseaux qui sont sur le chantier se
trouveront à peu près terminés.
La présence de votre escadre à Venise ne fera qu'un bon effet aux
négociations qui sont entamées dans ce moment-ci avec l'empereur, qui,
devant être nécessairement terminées dans un mois, nous mettront à même
de nous être extrêmement utiles dans les opérations de la campagne, si
elle devait avoir lieu.
Avant de partir de Corfou, vous devez dire à tous les officiers,
gouverneurs et agens vénitiens, que votre intention est de réunir
les forces vénitiennes avec l'escadre française pour reconquérir la
Dalmatie, et que vous vous rendez en conséquence à Venise pour y prendre
des troupes.
Quand vous arriverez à Venise, vous y verrez le général Baraguay
d'Hilliers: vous vous présenterez au gouvernement central de cette
république, et, sans prononcer proprement le nom de Dalmatie, vous leur
direz qu'il est important de réunir les forces navales françaises et
vénitiennes, pour vous mettre à même de remplir une grande mission dont
vous devez recevoir les dernières instructions de moi, et vous laisserez
entrevoir que cette mission est l'expédition de la Dalmatie.
Lorsque vous serez arrivé à Venise, si mes occupations me le permettent,
je m'y transporterai: nous aurons de toute manière l'occasion de nous y
voir et d'y conférer sur nos opérations ultérieures.
Je vous prie de croire au désir que j'ai de renouveler votre
connaissance, et de vous donner des preuves de l'estime et de la
considération que je vous ai vouées.
_P.S._ On charge, à Venise, deux bâtimens d'objets de marine de toute
espèce, vous pourrez les escorter en France avec votre escadre.