Au quartier-général à Milan, le 16 thermidor an 5

(3 août 1797).

_Note remise au ministre de Sa Sainteté._

Lors du traité de Tolentino, messieurs les plénipotentiaires de Sa

Sainteté et les plénipotentiaires français entrevirent le moment où il

serait possible de rapprocher le Saint-Siège de la France, et où le pape

et le gouvernement français pourraient employer réciproquement leur

prépondérance pour consolider la tranquillité intérieure des deux états

et concourir à leur satisfaction commune.

Le moment actuel est l'instant propice pour commencer à mettre à

exécution ce grand oeuvre, où la sagesse, la politique et la vraie

religion doivent jouer un grand rôle.

Le gouvernement français vient de permettre de r'ouvrir les églises du

culte catholique, apostolique et romain, et d'accorder à cette religion

tolérance et protection.

Ou les prêtres profiteront de ce premier acte du gouvernement français

dans le véritable esprit de l'Évangile, en concourant à la tranquillité

publique et en prêchant les véritables maximes de charité, qui sont le

fondement de la religion de l'Évangile: alors je ne mets plus en doute

qu'ils n'obtiennent une protection plus spéciale, et que ce ne soit un

heureux commencement vers le but tant désiré.

Ou si les prêtres se conduisent d'une manière tout opposée, ils seront

de nouveau persécutés et chassés.

Le pape, comme chef des fidèles et centre commun de la foi, peut avoir

une grande influence sur la conduite que tiendront les prêtres. Il

pensera peut-être qu'il est digne de sa sagesse, de la plus sainte des

religions, de faire une bulle ou mandement qui ordonne aux prêtres

obéissance au gouvernement, et de faire tout ce qui sera en leur pouvoir

pour consolider la constitution établie. Si cette bulle est conçue dans

des termes précis et convenables au grand but qu'elle peut produire,

elle sera un grand acheminement vers le bien et extrêmement avantageuse

à la prospérité de la religion.

Après cette première opération, il serait utile de connaître les mesures

qui pourraient être prises pour réconcilier les prêtres constitutionnels

avec les prêtres non constitutionnels; enfin les mesures que pourrait

proposer la cour de Rome pour lever tous les obstacles et pour ramener

aux principes de religion la majorité du peuple français. Je prie M. le

ministre de Sa Sainteté de vouloir bien communiquer ces idées au pape,

et de me faire connaître le plus tôt possible sa réponse.

Le désir d'être utile à la religion est un des principaux motifs qui

m'ont dicté la présente note.

La théologie simple et pure de l'Évangile; la sagesse, la politique et

l'expérience du pape peuvent, si elles sont exclusivement écoutées,

avoir des résultats heureux pour la chrétienté et la gloire personnelle

de Sa Sainteté, qui connaît les sentimens particuliers d'affection que

je lui ai voués.

Œuvres de Napoléon Bonaparte, Tome I. · 第 863 / 899 题