(3 août 1797).
_Note remise au ministre de Sa Sainteté._
Lors du traité de Tolentino, messieurs les plénipotentiaires de Sa
Sainteté et les plénipotentiaires français entrevirent le moment où il
serait possible de rapprocher le Saint-Siège de la France, et où le pape
et le gouvernement français pourraient employer réciproquement leur
prépondérance pour consolider la tranquillité intérieure des deux états
et concourir à leur satisfaction commune.
Le moment actuel est l'instant propice pour commencer à mettre à
exécution ce grand oeuvre, où la sagesse, la politique et la vraie
religion doivent jouer un grand rôle.
Le gouvernement français vient de permettre de r'ouvrir les églises du
culte catholique, apostolique et romain, et d'accorder à cette religion
tolérance et protection.
Ou les prêtres profiteront de ce premier acte du gouvernement français
dans le véritable esprit de l'Évangile, en concourant à la tranquillité
publique et en prêchant les véritables maximes de charité, qui sont le
fondement de la religion de l'Évangile: alors je ne mets plus en doute
qu'ils n'obtiennent une protection plus spéciale, et que ce ne soit un
heureux commencement vers le but tant désiré.
Ou si les prêtres se conduisent d'une manière tout opposée, ils seront
de nouveau persécutés et chassés.
Le pape, comme chef des fidèles et centre commun de la foi, peut avoir
une grande influence sur la conduite que tiendront les prêtres. Il
pensera peut-être qu'il est digne de sa sagesse, de la plus sainte des
religions, de faire une bulle ou mandement qui ordonne aux prêtres
obéissance au gouvernement, et de faire tout ce qui sera en leur pouvoir
pour consolider la constitution établie. Si cette bulle est conçue dans
des termes précis et convenables au grand but qu'elle peut produire,
elle sera un grand acheminement vers le bien et extrêmement avantageuse
à la prospérité de la religion.
Après cette première opération, il serait utile de connaître les mesures
qui pourraient être prises pour réconcilier les prêtres constitutionnels
avec les prêtres non constitutionnels; enfin les mesures que pourrait
proposer la cour de Rome pour lever tous les obstacles et pour ramener
aux principes de religion la majorité du peuple français. Je prie M. le
ministre de Sa Sainteté de vouloir bien communiquer ces idées au pape,
et de me faire connaître le plus tôt possible sa réponse.
Le désir d'être utile à la religion est un des principaux motifs qui
m'ont dicté la présente note.
La théologie simple et pure de l'Évangile; la sagesse, la politique et
l'expérience du pape peuvent, si elles sont exclusivement écoutées,
avoir des résultats heureux pour la chrétienté et la gloire personnelle
de Sa Sainteté, qui connaît les sentimens particuliers d'affection que
je lui ai voués.