(9 juillet 1797).
_A M. le marquis de Saint-Marsan._
Je reçois, monsieur le marquis, la lettre que vous avez bien voulu me
remettre, de M. Priocca, ministre de S. M. le roi de Sardaigne. Je donne
ordre au général de division Sauret et au général qui commande Coni,
de laisser entrer dans les citadelles de Tortone, d'Alexandrie, de
Cherasco, Ceva, Coni, l'officier du génie ou d'artillerie que S. M.
voudra bien nommer, pour visiter lui-même les travaux que M. Priocca
suppose que l'on fait dans ces forts, et qui, à ce qu'il me paraît, font
naître quelques inquiétudes.
Les officiers que S. M. enverra la convaincront que je n'ai fait faire
à aucun des postes du Piémont aucune espèce de travail, qu'il est
impossible d'être plus satisfait que nous ne le sommes, de la conduite
du cabinet de S. M. envers la république française; que non-seulement on
ne doit avoir aucune espèce d'inquiétude de notre côté, mais qu'encore
je ferai tout ce que S. M. peut désirer pour la rassurer et pour
contribuer à la tranquillité d'une cour qui, depuis quelques mois, nous
a donné de véritables marques de ses bons sentimens à notre égard.
Je n'ai point envoyé de troupes lombardes en Piémont, et mon intention
n'a jamais été d'en envoyer. Il est vrai que mon projet serait de faire
passer un bataillon polonais à Coni, afin de pouvoir réunir à l'armée la
quarante-cinquième demi-brigade; mais si S. M. témoigne le moindre désir
que cela ne se fasse pas, et même, si elle est mécontente de quelques
officiers généraux employés dans ses états, je m'empresserai de les
changer sur-le-champ.
Sachant que M. Ranza cherchait, par des écrits incendiaires, à prêcher
l'insurrection dans les états de S. M., je l'ai fait arrêter et conduire
à la citadelle de Milan.
Je vous prie, M. le marquis, avant de quitter Milan, de me faire
connaître ce qu'il serait possible que je fisse pour témoigner à S. M.
les sentimens d'amitié qu'a pour elle la république française, et le
désir que j'ai de lui être agréable et de contribuer à sa prospérité et
à son bonheur particulier.
Je vous prie, M. le marquis, de croire à l'estime, etc.