(3 juillet 1797).
_A M. Bataglia, ancien provéditeur de la république de Venise._
J'ai reçu avec le plus grand plaisir, monsieur, la dernière lettre que
vous vous êtes donné la peine de m'écrire de Venise. Lorsque j'ai vu
votre nom à une infâme proclamation qui a paru dans le temps, j'ai
reconnu que ce ne pouvait être que l'oeuvre de vos ennemis et des
méchans. La loyauté de votre caractère, la pureté de vos intentions, la
véritable philosophie que j'ai reconnue en vous pendant tout le temps
que vous avez été chargé du pouvoir suprême sur une partie de vos
compatriotes, vous ont captivé mon estime: si elle peut vous dédommager
des maux de toute espèce que vous avez endurés pendant ce dernier temps,
je me trouverai heureux.
Comptez, monsieur, que, dans toutes les circonstances, je saisirai
l'occasion de pouvoir faire quelque chose qui vous soit agréable.
Pourquoi, au lieu de M. Pezaro, ne me fûtes-vous pas envoyé à Goritzia?
La force des raisons et des choses que vous auriez entendues, vous eût
mis à même de triompher dès-lors de la ridicule oligarchie qui a voulu
se naufrager jusqu'au port.
Oui, monsieur, je me plais à le dire, quatre ou cinq cents Français qui
ont été assassinés à Verone vivraient encore, et l'oligarchie de Venise,
désormais trop en dissonance avec les lumières et le nouveau système de
toute l'Europe, aurait dû céder à un gouvernement plus sage; elle aurait
au moins fini sans se rendre coupable d'un crime dont les historiens
français ne pourront trouver le semblable sans être obligés de remonter
à plusieurs siècles.
Je vous ai connu dans un temps où je prévoyais peu ce qui devait
arriver, et je vous ai vu dès-lors ennemi de la tyrannie et désirant la
véritable liberté de votre patrie.
Je vous prie, monsieur, de croire aux sentimens, etc.