(22 juin 1797).
_Au directoire exécutif._
Je vous ai annoncé, par ma dernière, que la réponse du cabinet de Vienne
paraissait être contre les articles qui ont été arrêtés le 24 mai.
M. le comte de Meerveldt est arrivé il y a trois jours. Nous avons eu
plusieurs conférences, après lesquelles les plénipotentiaires de sa
majesté impériale nous ont remis une note, à laquelle nous avons répondu
par une autre que je vous envoie.
Vous voyez la tournure longue et indéterminée que prend la négociation.
Je pense qu'il n'y a qu'un moyen, c'est d'envoyer le général Clarke à
Vienne.
M. Thugut a toujours la confiance du cabinet de Vienne: il est d'un
caractère difficile et malintentionné; mais je ne pense pas que l'on ait
tacitement idée d'une rupture. Ces messieurs ne font rien que longuement
et pesamment; ils paraissent se méfier beaucoup de l'intérieur:
quoiqu'ils aient été attrapés cent fois, ils sont incorrigibles.
J'imagine que, par le premier courrier, c'est-à-dire, dans quinze jours,
nous aurons des réponses plus favorables, et que l'on consentira enfin à
une négociation séparée.
On craint à Vienne beaucoup les Russes; leur système politique est
très-vacillant. L'empereur est paresseux et inexpérimenté; Thugut, de
mauvaise humeur, vieux, tracassé par les grands, offre à tout bout de
champ sa démission, que l'on n'ose pas accepter, mais qui, l'on croit,
le sera enfin lorsque tout sera arrangé, pour mettre à sa place M. de
Cobentzel.
Thugut paraît très-mécontent de M. de Gallo; M. de Meerveldt a peu de
moyens et n'est nullement diplomate. Je ne vous cacherai pas que je
crois que tout ceci sera encore long. Ce moment est embarrassant pour la
cour de Vienne; elle ne sait sur qui reposer sa confiance, tout lui fait
ombrage.
Ils voudraient en Italie avoir Venise, Mantoue et le Brescian.
Il voudraient avoir Venise pour l'équivalent du Brisgaw, qu'ils
destineraient au duc de Modène: dans ce système, ils nous céderaient
peut-être en dédommagement la rive du Rhin.
Je vous prie de nous faire connaître ce que nous devons répondre:
1°. S'ils persistent dans l'opinion de vouloir un congrès;
2°. Si vous céderiez Venise pour le Rhin: dès lors l'empereur aurait une
influence immense en Italie.