BONAPARTE.

Au quartier-général de Léoben, le 27 germinal an 5 (16 avril 1797).

_Au directoire exécutif_.

Le général Meerveldt est venu me trouver à Léoben, le 24, à neuf heures

du matin: après avoir pris connaissance de son plein pouvoir pour

traiter de la paix, nous sommes convenus d'une prolongation de

suspension d'armes jusqu'au 20 avril soir (8 floréal prochain). Ces

pleins pouvoirs étaient pour lui et pour M. le marquis de Gallo,

ministre de Naples à Vienne; j'ai refusé d'abord de l'admettre comme

plénipotentiaire de l'empereur, étant, à mes yeux, revêtu de la qualité

d'ambassadeur d'une puissance amie, qui se trouve incompatible avec

l'autre. M. Gallo est arrivé lui-même le 25. Je n'ai pas cru devoir

insister dans cette opposition, parce que cela aurait apporté beaucoup

de lenteurs, et parce qu'il paraît revêtu d'une grande confiance de

l'empereur; enfin, parce que les Autrichiens et les Hongrois sont

très-irrités de voir les étrangers jouer le principal rôle dans une

affaire aussi importante, et que, si nous rompons, ce sera un moyen

très-considérable d'exciter le mécontentement contre le gouvernement de

Vienne. La première opération dont il a été question, a été une promesse

réciproque de ne rien divulguer de ce qui serait dit: on l'avait

rédigée, mais ces messieurs tiennent beaucoup à l'étiquette, ils

voulaient toujours mettre l'empereur avant la république, et j'ai refusé

net.

Nous sommes à l'article de la reconnaissance. Je leur ai dit que la

république française ne voulait point être reconnue; elle est en Europe

ce qu'est le soleil sur l'horizon: tant pis pour qui ne veut pas la voir

et ne veut pas en profiter.

Ils m'ont dit que, quand même les négociations se rompraient,

l'empereur, dès aujourd'hui, reconnaissait la république française,

à condition que celle-ci conserverait avec S.M. l'empereur la même

étiquette que ci-devant le roi de France. Je leur ai répondu que, comme

nous étions fort indifférens sur tout ce qui est étiquette, nous ne

serions pas éloignés d'adopter cet article. Nous avons, après cela,

beaucoup parlé dans tous les sens et de toutes les manières.

Le 26, M. Gallo est venu chez moi à huit heures du matin; il m'a dit

qu'il désirait neutraliser un endroit où nous pussions continuer nos

conférences en règle. On a choisi un jardin, au milieu duquel est un

pavillon; nous l'avons déclaré neutre, farce à laquelle j'ai bien voulu

me prêter pour ménager la puérile vanité de ces gens-ci. Ce prétendu

point neutre est environné de tous côtés par l'armée française; et au

milieu des bivouacs de nos divisions: cela eût été fort juste et fort

bon s'il se fût trouvé au milieu des deux armées. Arrivés dans la

campagne neutre, l'on a entamé les négociations. Voici ce qui en est

résulté:

1°. La cession de la Belgique, et la reconnaissance des limites de la

république française conformément au décret de la convention; mais ils

demandent des compensations qu'ils veulent nécessairement en Italie.

2°. Ils demandent la restitution du Milanez; de sorte qu'ils auraient

voulu, en conséquence de ce premier article, le Milanez et une portion

quelconque des états de Venise ou des légations: si j'eusse voulu

consentir à cette proposition, ils avaient le pouvoir de signer

sur-le-champ. Cet arrangement ne m'a pas paru possible.

S.M. l'empereur a déclaré ne vouloir aucune compensation en Allemagne.

Je leur ai offert, pour le premier article, la restitution du Milanez et

de la Lombardie, ils n'ont pas voulu: de sorte que nous avons fini par

trois projets qu'ils ont expédiés, par un courrier extraordinaire, à

Vienne, et dont ils auront la réponse dans deux ou trois jours.

Œuvres de Napoléon Bonaparte, Tome I. · 第 721 / 899 题