Les braves militaires font la guerre et désirent la paix! celle-ci ne
dure-t-elle pas depuis six ans? Avons-nous assez tué de monde et
commis assez de maux à la triste humanité? Elle réclame de tous côtés.
L'Europe, qui avait pris les armes contre la république française, les a
posées; votre nation reste seule, et cependant le sang va couler encore
plus que jamais. Cette sixième campagne s'annonce par des présages
sinistres; quelle qu'en soit l'issue, nous tuerons de part et d'autre
quelques milliers d'hommes de plus, et il faudra bien que l'on finisse
par s'entendre, puisque tout a un terme, même les passions haineuses.
Le directoire exécutif de la république française avait fait connaître
à sa majesté l'empereur le dessein de mettre fin à la guerre qui désole
les deux peuples, l'intervention de la cour de Londres s'y est opposée:
n'y a-t-il donc aucun espoir de nous entendre? Et faut-il, pour les
intérêts ou les passions d'une nation étrangère aux maux de la guerre,
que nous continuions à nous entr'égorger? Vous, M. le général en chef,
qui, par votre naissance, approchez si près du trône et êtes au-dessus
de toutes les petites passions qui animent souvent les ministres et les
gouvernemens, êtes-vous décidé à mériter le titre de bienfaiteur de
l'humanité entière, et de vrai sauveur de l'Allemagne? Ne croyez pas, M.
le général en chef, que j'entende par là qu'il ne soit pas possible de
la sauver par la force des armes; mais, dans la supposition que les
chances de la guerre nous deviennent favorables, l'Allemagne n'en sera
pas moins ravagée. Quant à moi, M. le général en chef, si l'ouverture
que j'ai l'honneur de vous faire peut sauver la vie à un seul homme, je
m'estimerai plus fier de la couronne civique que je me trouverai avoir
méritée, que de la triste gloire qui peut revenir des succès militaires.
Je vous prie de croire, M. le général en chef, aux sentimens d'estime et
de considération distingués avec lesquels je suis, etc.