Au quartier-général à Verone, le 1er pluviose an 5 (20 janvier 1797)

_Au directoire exécutif._

Je vous ferai passer, citoyens directeurs, des lettres interceptées,

qui sont extrêmement intéressantes, en ce que vous y verrez l'opiniâtre

mauvaise foi de la cour de Rome, et le refus que paraît faire le cabinet

de Vienne d'accepter l'alliance de Rome; ce qui ne peut provenir que du

désir qu'il peut avoir de ne pas mettre d'entraves à la paix générale.

J'ai fait imprimer ces lettres dans les gazettes de Bologne et de Milan,

afin de convaincre toute l'Italie de l'imbécile radotage de ces vieux

cardinaux.

Je fais demain passer le Pô, près de Ferrare, à cinq mille hommes, qui

marcheront droit sur Rome.

On entend beaucoup de bruit dans Mantoue, ce qui fait penser que les

assiégés, conformément aux instructions de l'empereur, brisent les

affûts et les trains d'artillerie: cela n'est qu'une conjecture; mais

ce qui n'en est pas une, c'est qu'ils sont depuis long-temps à la

demi-ration de pain, à la viande de cheval, sans vin ni eau-de-vie.

Nous sommes aujourd'hui en mouvement pour occuper Vicence et Padoue,

où nous aurons de meilleurs cantonnemens. Si les renforts que vous

m'annoncez de l'armée du Rhin arrivent, nous ne tarderons pas à avoir

ici de grands événemens; mais j'ai vu un état que l'on m'a envoyé, où

l'on calcule les demi-brigades à deux mille quatre cents hommes. Je

tiens pour impossible que les demi-brigades, après une campagne comme

l'a faite l'armée du Rhin, puissent être de ce nombre. Je crois que

c'est beaucoup que de les évaluer à deux mille; il y en aura encore tant

qui s'échapperont en route!

Le neuvième régiment de dragons n'a ici qu'un escadron, ainsi que le

cinquième de cavalerie et le dix-huitième de dragons; je vous prie de

vouloir bien ordonner que ces régimens soient en entier réunis à l'armée

d'Italie, sans quoi vous perdrez de très-bons corps; ce sera d'ailleurs

un bon renfort de cavalerie que vous nous donnerez; spécifiez dans votre

ordre que les hommes qui composent ces régimens doivent rejoindre leurs

corps à Milan, soit à pied, soit à cheval. Le dépôt du premier régiment

de cavalerie est à Lille, je vous prie d'ordonner qu'il se mette en

marche pour se rendre à Milan.

Nous avons besoin ici d'un renfort de cavalerie, le quinzième régiment

de chasseurs ne suffit pas. On dit qu'aux autres armées l'on ne se sert

pas de la grosse cavalerie, moi je l'estime et m'en sers beaucoup; je

désirerais que vous pussiez m'en envoyer un millier d'hommes, ce qui,

joint à un autre régiment de dragons, ferait à peu près deux à trois

mille hommes de cavalerie de renfort, qui nous suffiraient.

Nous n'avons que deux bataillons de pionniers réduits à rien, je vous

prie de nous en envoyer deux autres.

Je vous prie surtout d'ordonner que tous les régimens de cavalerie que

l'on m'enverra aient leurs armes, sabres et mousquetons, et les dragons

leurs fusils.

Il nous faudrait encore trois ou quatre compagnies d'artillerie légère,

et cinq à six cents hommes d'artillerie à pied, et quelques bons

officiers de cette arme; car, excepté les citoyens Chasseloup et Samson,

les autres ne sont pas en état de tracer une flèche, et ne font que

des bêtises. Tous ceux que vous annoncez ne viennent pas: il ne manque

cependant pas d'officiers de génie et d'artillerie; mais ce sont des

officiers de paix et de bureau, qui ne voient jamais le feu, de sorte

qu'excepté les deux que je vous ai nommés, le reste est sans expérience:

aussi se plaint-on généralement dans l'armée des ouvrages que fait le

génie.

Le commissaire ordonnateur Denniée a peu de santé; Villemansy ne vient

pas, ni Naudin, ni Eyssautier: tous ces messieurs font ce qui leur

convient; cependant, il est de plus en plus urgent que la partie

administrative soit organisée.

Je vous enverrai la liste des officiers-généraux qui, par leur peu de

talens, sont incapables de commander, et que je vous prie de retirer de

l'armée.

Si vous m'envoyez des généraux, ou des adjudans-généraux, je vous prie

de ne pas m'envoyer de ceux qui ont servi dans la Vendée, parce qu'ils

n'entendent rien à la guerre. Si Chasset n'était plus utile à Paris,

ainsi que les adjudans-généraux Sherlock, Doulcet et Beauvais, je vous

prie de me les envoyer. Je désirerais aussi avoir l'adjudant-général

Espagne et Camin: je crois que ce dernier n'est plus employé; mais c'est

un officier de la plus grande distinction.

Quant à des généraux de division, à moins que ce ne soient des officiers

distingués, je vous prie de ne m'en pas envoyer; car notre manière de

faire la guerre ici est si différente des autres, que je ne peux pas

confier une division sans avoir éprouvé, par deux ou trois affaires, le

général qui doit la commander.

Je vous prie d'envoyer ici l'adjudant-général Saint-Martin, le chef de

brigade d'artillerie Gueriau, actuellement directeur du parc de l'armée

des Alpes, le chef de bataillon d'artillerie Allix, le chef de bataillon

du génie Laroche. Il est très-essentiel pour l'armée et pour la

république de m'envoyer ici des jeunes gens qui apprennent à faire

la guerre de mouvement et de manoeuvres; c'est celle qui nous a fait

obtenir de grands succès dans cette armée.

Œuvres de Napoléon Bonaparte, Tome I. · 第 671 / 899 题