_Au directoire exécutif._
Je vous ferai passer, citoyens directeurs, des lettres interceptées,
qui sont extrêmement intéressantes, en ce que vous y verrez l'opiniâtre
mauvaise foi de la cour de Rome, et le refus que paraît faire le cabinet
de Vienne d'accepter l'alliance de Rome; ce qui ne peut provenir que du
désir qu'il peut avoir de ne pas mettre d'entraves à la paix générale.
J'ai fait imprimer ces lettres dans les gazettes de Bologne et de Milan,
afin de convaincre toute l'Italie de l'imbécile radotage de ces vieux
cardinaux.
Je fais demain passer le Pô, près de Ferrare, à cinq mille hommes, qui
marcheront droit sur Rome.
On entend beaucoup de bruit dans Mantoue, ce qui fait penser que les
assiégés, conformément aux instructions de l'empereur, brisent les
affûts et les trains d'artillerie: cela n'est qu'une conjecture; mais
ce qui n'en est pas une, c'est qu'ils sont depuis long-temps à la
demi-ration de pain, à la viande de cheval, sans vin ni eau-de-vie.
Nous sommes aujourd'hui en mouvement pour occuper Vicence et Padoue,
où nous aurons de meilleurs cantonnemens. Si les renforts que vous
m'annoncez de l'armée du Rhin arrivent, nous ne tarderons pas à avoir
ici de grands événemens; mais j'ai vu un état que l'on m'a envoyé, où
l'on calcule les demi-brigades à deux mille quatre cents hommes. Je
tiens pour impossible que les demi-brigades, après une campagne comme
l'a faite l'armée du Rhin, puissent être de ce nombre. Je crois que
c'est beaucoup que de les évaluer à deux mille; il y en aura encore tant
qui s'échapperont en route!
Le neuvième régiment de dragons n'a ici qu'un escadron, ainsi que le
cinquième de cavalerie et le dix-huitième de dragons; je vous prie de
vouloir bien ordonner que ces régimens soient en entier réunis à l'armée
d'Italie, sans quoi vous perdrez de très-bons corps; ce sera d'ailleurs
un bon renfort de cavalerie que vous nous donnerez; spécifiez dans votre
ordre que les hommes qui composent ces régimens doivent rejoindre leurs
corps à Milan, soit à pied, soit à cheval. Le dépôt du premier régiment
de cavalerie est à Lille, je vous prie d'ordonner qu'il se mette en
marche pour se rendre à Milan.
Nous avons besoin ici d'un renfort de cavalerie, le quinzième régiment
de chasseurs ne suffit pas. On dit qu'aux autres armées l'on ne se sert
pas de la grosse cavalerie, moi je l'estime et m'en sers beaucoup; je
désirerais que vous pussiez m'en envoyer un millier d'hommes, ce qui,
joint à un autre régiment de dragons, ferait à peu près deux à trois
mille hommes de cavalerie de renfort, qui nous suffiraient.
Nous n'avons que deux bataillons de pionniers réduits à rien, je vous
prie de nous en envoyer deux autres.
Je vous prie surtout d'ordonner que tous les régimens de cavalerie que
l'on m'enverra aient leurs armes, sabres et mousquetons, et les dragons
leurs fusils.
Il nous faudrait encore trois ou quatre compagnies d'artillerie légère,
et cinq à six cents hommes d'artillerie à pied, et quelques bons
officiers de cette arme; car, excepté les citoyens Chasseloup et Samson,
les autres ne sont pas en état de tracer une flèche, et ne font que
des bêtises. Tous ceux que vous annoncez ne viennent pas: il ne manque
cependant pas d'officiers de génie et d'artillerie; mais ce sont des
officiers de paix et de bureau, qui ne voient jamais le feu, de sorte
qu'excepté les deux que je vous ai nommés, le reste est sans expérience:
aussi se plaint-on généralement dans l'armée des ouvrages que fait le
génie.
Le commissaire ordonnateur Denniée a peu de santé; Villemansy ne vient
pas, ni Naudin, ni Eyssautier: tous ces messieurs font ce qui leur
convient; cependant, il est de plus en plus urgent que la partie
administrative soit organisée.
Je vous enverrai la liste des officiers-généraux qui, par leur peu de
talens, sont incapables de commander, et que je vous prie de retirer de
l'armée.
Si vous m'envoyez des généraux, ou des adjudans-généraux, je vous prie
de ne pas m'envoyer de ceux qui ont servi dans la Vendée, parce qu'ils
n'entendent rien à la guerre. Si Chasset n'était plus utile à Paris,
ainsi que les adjudans-généraux Sherlock, Doulcet et Beauvais, je vous
prie de me les envoyer. Je désirerais aussi avoir l'adjudant-général
Espagne et Camin: je crois que ce dernier n'est plus employé; mais c'est
un officier de la plus grande distinction.
Quant à des généraux de division, à moins que ce ne soient des officiers
distingués, je vous prie de ne m'en pas envoyer; car notre manière de
faire la guerre ici est si différente des autres, que je ne peux pas
confier une division sans avoir éprouvé, par deux ou trois affaires, le
général qui doit la commander.
Je vous prie d'envoyer ici l'adjudant-général Saint-Martin, le chef de
brigade d'artillerie Gueriau, actuellement directeur du parc de l'armée
des Alpes, le chef de bataillon d'artillerie Allix, le chef de bataillon
du génie Laroche. Il est très-essentiel pour l'armée et pour la
république de m'envoyer ici des jeunes gens qui apprennent à faire
la guerre de mouvement et de manoeuvres; c'est celle qui nous a fait
obtenir de grands succès dans cette armée.