_Au citoyen président du congrès cispadan._
J'ai appris avec le plus vif intérêt, par votre lettre du 30 décembre,
que les républiques cispadanes s'étaient réunies en une seule, et que,
prenant pour symbole un carquois, elles étaient convaincues que leur
force est dans l'unité et l'indivisibilité. La misérable Italie est
depuis longtemps effacée du tableau des puissances de l'Europe. Si les
Italiens d'aujourd'hui sont dignes de recouvrer leurs droits et de se
donner un gouvernement libre, l'on verra un jour leur patrie figurer
glorieusement parmi les puissances du globe; mais n'oubliez pas que les
lois ne sont rien sans la force. Votre premier regard doit se porter sur
votre organisation militaire. La nature vous a tout donné, et,
après l'unité et la sagesse que l'on remarque dans vos différentes
délibérations, il ne vous manque plus, pour atteindre au but, que
d'avoir des bataillons aguerris et animés du feu sacré de la patrie.
Vous êtes dans une position plus heureuse que le peuple français, vous
pouvez arriver à la liberté sans la révolution et ses crimes. Les
malheurs qui ont affligé la France avant l'établissement de la
constitution ne se verront jamais au milieu de vous. L'unité qui lie les
diverses parties de la république cispadane, sera le modèle constamment
suivi de l'union qui régnera entre toutes les classes de ses citoyens;
et le fruit de la correspondance de vos principes et de vos sentimens
soutenus par le courage, sera la liberté, la république et la
prospérité.