(28 décembre 1796).
_Au directoire exécutif._
Il y a dans ce moment-ci en Lombardie trois partis: 1°. celui qui se
laisse conduire par les Français; 2°. celui qui voudrait la liberté,
et montre même son désir avec quelque impatience; 3°. le parti ami des
Autrichiens, et ennemi des Français. Je soutiens et j'encourage le
premier, je contiens le second, et je réprime le troisième.
Il est faux que j'aie augmenté la contribution de la Lombardie de huit
millions, et le parti qui vous a remis un mémoire basé sur ce fait,
ferait beaucoup mieux de payer les cinq millions que lui et ses associés
doivent à la république, et ont volé à l'armée, que de parler d'un pays
où sa compagnie s'est fait universellement mépriser par les coquineries
de toutes espèces qu'elle a commises.
Les républiques cispadanes sont divisées en trois partis: 1°. les amis
de leur ancien gouvernement; 2°. les partisans d'une constitution
indépendante, mais un peu aristocratique; 3°. les partisans de la
constitution française ou de la pure démocratie. Je comprime le premier,
je soutiens le second et je modère le troisième.
Je soutiens le second et je modère le troisième, parce que le parti
des seconds est celui des riches propriétaires et des prêtres, qui en
dernière analyse finiraient par gagner la masse du peuple, qu'il est
essentiel de rallier autour du parti français.
Le dernier parti est composé de jeunes gens, d'écrivains, et d'hommes
qui, comme en France et dans tous les pays, ne changent de gouvernement,
n'aiment la liberté que pour faire une révolution.
Les Allemands et le pape réunissent leur crédit pour insurger les
Apennins; leurs efforts sont inutiles: une partie de la Grafagniana
s'était cependant révoltée, ainsi que la petite ville de Carrara. J'ai
envoyé une petite colonne mobile pour mettre ces gens-là à la raison, et
faire des exemples terribles, qui apprennent à ces montagnards à ne pas
jouer avec nous. La révolte des Apennins, si elle se faisait au moment
où nous aurions affaire à l'ennemi, nous donnerait beaucoup d'embarras.
Ces montagnes arrivant jusqu'à Tortone, leurs habitans pourraient gêner
les communications: aussi j'y ai perpétuellement les yeux.
Dans ce moment-ci, les républiques cispadanes sont réunies dans un
congrès qu'elles tiennent à Reggio.