Au quartier-général à Milan, le 18 frimaire an 5

(8 décembre 1796).

_Au citoyen Auzou._

J'ai reçu, citoyen, les deux lettres que vous m'avez écrites. Si je ne

vous ai pas encore fait dire la raison pour laquelle je vous ai fait

arrêter, c'est que j'attendais les installations des nouveaux conseils

militaires, qui, étant composés d'officiers, vous donneront des juges

plus éclairés et plus dans le cas de vous entendre.

Je me plains de vous, parce que votre service n'a jamais été organisé

dans l'armée et ne s'y est jamais fait; parce que Peschiera n'a jamais

été approvisionné; parce que vous n'avez jamais fourni les moyens

nécessaires à vos sous-traitans; parce qu'enfin vous avez laissé tomber

le service à plat dans un moment critique pour l'armée; enfin parce que

vous ne vous êtes jamais trouvé au quartier-général, toutes les fois que

votre présence y était nécessaire, c'est-à-dire lorsque l'ennemi était

sur le point de nous attaquer.

C'est par votre coupable négligence que nous avons perdu plusieurs

centaines de chevaux, que le service de l'artillerie a considérablement

souffert, et que la cavalerie, obligée de courir les champs et de

fouiller les fermes pour assurer sa subsistance, s'est souvent portée

à des excès propres à nous aliéner l'esprit des habitans; tout cela

cependant lorsque votre service a reçu depuis le commencement de

la campagne dix-sept à dix-huit cent mille liv., dont vous n'avez

certainement pas dépensé le tiers.

Je vous prie de m'envoyer: 1°. un état des consommations journalières

des fourrages dans l'armée, ou un relevé des bons pour un des mois

passés; 2°. un état de l'emploi que vous avez fait de l'argent qui vous

a été remis; 3°. un état exact de ce que vous avez remis à chacun de vos

sous-traitans; 4°. enfin s'il arrivait qu'il y en eût parmi eux qui,

par leur conduite ou leur incapacité, et quoique ayant reçu des fonds,

eussent fait manquer le service, de me les dénoncer.

Œuvres de Napoléon Bonaparte, Tome I. · 第 614 / 899 题