(8 décembre 1796).
_Au citoyen Auzou._
J'ai reçu, citoyen, les deux lettres que vous m'avez écrites. Si je ne
vous ai pas encore fait dire la raison pour laquelle je vous ai fait
arrêter, c'est que j'attendais les installations des nouveaux conseils
militaires, qui, étant composés d'officiers, vous donneront des juges
plus éclairés et plus dans le cas de vous entendre.
Je me plains de vous, parce que votre service n'a jamais été organisé
dans l'armée et ne s'y est jamais fait; parce que Peschiera n'a jamais
été approvisionné; parce que vous n'avez jamais fourni les moyens
nécessaires à vos sous-traitans; parce qu'enfin vous avez laissé tomber
le service à plat dans un moment critique pour l'armée; enfin parce que
vous ne vous êtes jamais trouvé au quartier-général, toutes les fois que
votre présence y était nécessaire, c'est-à-dire lorsque l'ennemi était
sur le point de nous attaquer.
C'est par votre coupable négligence que nous avons perdu plusieurs
centaines de chevaux, que le service de l'artillerie a considérablement
souffert, et que la cavalerie, obligée de courir les champs et de
fouiller les fermes pour assurer sa subsistance, s'est souvent portée
à des excès propres à nous aliéner l'esprit des habitans; tout cela
cependant lorsque votre service a reçu depuis le commencement de
la campagne dix-sept à dix-huit cent mille liv., dont vous n'avez
certainement pas dépensé le tiers.
Je vous prie de m'envoyer: 1°. un état des consommations journalières
des fourrages dans l'armée, ou un relevé des bons pour un des mois
passés; 2°. un état de l'emploi que vous avez fait de l'argent qui vous
a été remis; 3°. un état exact de ce que vous avez remis à chacun de vos
sous-traitans; 4°. enfin s'il arrivait qu'il y en eût parmi eux qui,
par leur conduite ou leur incapacité, et quoique ayant reçu des fonds,
eussent fait manquer le service, de me les dénoncer.