(6 décembre 1796).
_Au directoire exécutif._
Le gouvernement de Venise a très-bien traité l'armée autrichienne; il y
avait auprès de M. d'Alvinzi des provéditeurs et des approvisionnemens.
Les Allemands, en s'en allant, ont commis toutes espèces d'horreurs,
coupé les arbres fruitiers, brûlé les maisons et pillé les villages.
Dans ce moment-ci, les ennemis sont à Trente et sur la Brenta. Nous
sommes sur l'Adige, et nous occupons la ligne de Montebaldo; il paraît
qu'ils se renforcent considérablement dans le Tyrol, où est dans ce
moment-ci M. Alvinzi.
Il ne nous est encore rien arrivé, et il ne nous est rien annoncé des
dix mille hommes du Rhin, ni des dix mille hommes de l'Océan: ces deux
renforts nous sont bien nécessaires.
Si la campagne prochaine a lieu, il faut tourner tous nos efforts du
côté du Frioul, et pour cela avoir deux armées en Italie: une dans le
Tyrol, qui occupera Trente et qui attaquerait les ennemis; l'autre,
dans le Frioul, se porterait à Trieste, et s'emparerait de tous les
établissemens des ennemis dans cette mer-là.
Si vous pouviez faire passer trente mille hommes ici, l'on pourrait
les nourrir et les payer, et envahir tout le Frioul; l'empereur serait
obligé: 1°. de retirer trente mille hommes du côté du Rhin; 2°, de
retenir au moins vingt mille hommes pour seconde ligne, puisque, sans
cela, une bataille heureuse compromettrait Vienne: alors on ne ferait
presque pas de guerre sur le Rhin, et le théâtre se trouverait très
éloigné de chez nous.
Il n'y a à ce projet qu'une objection, ce sont les maladies que nos
troupes gagnent en été en Italie; mais cette assertion est fausse: nous
avons eu à cette armée vingt mille malades, sur lesquels quatre mille
blessés; des seize mille autres, quatorze mille sont de Mantoue, et deux
mille sont du reste de l'armée: ce n'est pas la proportion ordinaire.
Envoyez-nous donc dix mille hommes du Rhin et dix mille de l'Océan,
joignez-y quinze cents hommes de cavalerie, quelques compagnies
d'artillerie, et je vous promets, avant le mois de mai, de dégager le
Rhin, de forcer l'empereur à une guerre d'autant plus désastreuse,
qu'elle sera à ses dépens sur son territoire.
Mon armée actuelle, renforcée par les dix mille hommes du Rhin et les
dix mille de l'Océan que vous m'avez annoncés, est suffisante pour le
Tyrol et l'Italie.
Les dix mille hommes qui assiègent Mantoue, qui seront bientôt douze
mille, avec les vingt mille hommes que je vous demande, formeront
l'armée du Frioul: avec ces deux armées j'irai à Vienne, ou du moins
je me maintiendrai toute la campagne prochaine dans les états de
l'empereur, vivant à ses dépens, ruinant ses sujets, en portant la
guerre de l'insurrection en Hongrie.
Enfin, citoyens directeurs, je crois que du prompt départ des dix mille
hommes du Rhin peut dépendre le sort de l'Italie; mais que si vous en
tirez dix mille autres, et que vous y joigniez dix à quinze mille hommes
de l'Océan, vous aurez le droit d'attendre des millions, des succès
et une bonne paix. De Trieste à Vienne il y a cent lieues sans places
fortes, sans plan de défense arrêté: ce pays-là n'a jamais été le
théâtre de la guerre.