(24 novembre 1796).
_A monsieur Paul Greppi._
J'ai reçu, monsieur, la lettre que vous vous êtes donné la peine de
m'écrire de Milan, en date du 6 brumaire dernier.
J'y ai vu avec indignation le détail de la scène anarchique et
licencieuse dont vous avez failli être la victime. Tant que les armées
françaises seront à Milan, je ne souffrirai jamais que les propriétés
soient insultées, non plus que les personnes. Je désire qu'après avoir
fait votre tournée en Toscane, vous retourniez dans votre patrie à
Milan; et soyez sûr qu'on réprimera cette poignée de brigands, presque
tous étrangers à Milan, qui croient que la liberté est le droit
d'assassiner, qui ne pensent pas à imiter le peuple français dans ses
momens de courage et dans les élans de vertus qui ont étonné l'Europe,
mais qui chercheraient à renouveler ces scènes horribles produites par
le crime, et dont les auteurs seront l'objet éternel de la haine et du
mépris du peuple français, même de l'Europe et de la postérité. Soyez
donc sans inquiétude; et persuadez-vous que le peuple français et
l'armée que je commande, ne laisseront jamais asseoir sur les ruines de
la liberté la hideuse et dégoûtante anarchie: nous avons des baïonnettes
pour exterminer les tyrans, mais avant tout le crime.