Au quartier-général à Verone, le 29 brumaire an 5 (19 novembre 1796).
_Au citoyen Carnot, membre du directoire._
Les destinées de l'Italie commencent à s'éclaircir; encore une victoire
demain, qui ne me semble pas douteuse, et j'espère, avant dix jours,
vous écrire du quartier-général de Mantoue. Jamais champ de bataille n'a
été aussi disputé que celui d'Arcole; je n'ai presque plus de généraux,
leur dévouement et leur courage sont sans exemple. Le général de brigade
Lannes est venu au champ de bataille, n'étant pas encore guéri de la
blessure qu'il a reçue à Governolo. Il fut blessé deux fois pendant
la première journée de la bataille; il était, à trois heures
après-midi, étendu sur son lit, souffrant, lorsqu'il apprend que je me
porte moi-même à la tête de la colonne; il se jette à bas de son lit,
monte à cheval et revient me trouver. Comme il ne pouvait pas être à
pied, il fut obligé de rester; il reçut; à la tête du pont d'Arcole, un
coup qui l'étendit sans connaissance. Je vous assure qu'il fallait
tout cela pour vaincre; les ennemis étaient nombreux et acharnés, les
généraux à leur tête: nous en avons tué plusieurs.