(3 novembre 1796).
_Au commissaire du gouvernement._
Nous manquons entièrement d'argent; toutes nos caisses sont vides et
tous nos services entravés: le service même du prêt du soldat n'est pas
assuré. Vos bureaux, citoyen commissaire, font de très-beaux états qui
ne sont jamais d'accord avec le payeur, et, depuis trois mois que l'on
cherche à concilier vos comptes, il n'y a jamais moyen de trouver
l'emploi de trois ou quatre millions qui existent de différence.
L'ordonnateur, depuis deux mois, n'a reçu que deux millions: tout
souffre, et nous sommes en présence de l'ennemi. Vous m'aviez dit que
vous faisiez passer les vingt-mille livres de Modène à Milan, et on n'en
a fait passer que la moitié. Des trois cent mille livres qui devaient
être soldées à Ferrare, il n'a été soldé que la moitié. Quant à
Livourne, bien loin de nous présenter de l'argent, on nous offre de cinq
à six cent mille liv., portées sans aucune forme légale. La compagnie
Flachat, qui a toutes les ressources de l'armée, qui a tous les fonds,
qui fait tous ses services en promesses, est la seule qui ait les moyens
de pourvoir aux besoins urgens du moment. Faites qu'elle verse dans la
caisse du payeur général de l'armée quinze cent mille liv. Vous devez
fournir à nos besoins, et depuis deux mois, l'ordonnateur crie que tous
les services manquent.
Je vous prie donc, citoyen commissaire, de songer que toute l'armée est
en mouvement, que nous sommes en présence de l'ennemi, que le moindre
retard peut nous être funeste; occupez-vous donc à faire fournir à
l'ordonnateur l'argent qui est nécessaire: nous sommes ici à la veille
des plus grands événemens. Si la quatre-vingt-troisième demi-brigade,
aujourd'hui soixante-quinzième, était partie de Marseille, conformément
à l'ordre que j'ai donné, nous n'aurions rien à craindre, mais trois
mille hommes de bonne troupe de moins, dans des circonstances comme
celles-ci, sont pour nous un terrible malheur. La quarantième même
arrive bien tard: il paraît que tout au plus le premier bataillon
arrivera à temps; cependant, comme nous avons quelques bataillons en
route, je vous prie d'expédier un courrier au général Kellermann, pour
le requérir et le prier de faire filer ce qu'il y a de disponible.
Toutes les troupes de l'Empire sont arrivées en poste avec une célérité
surprenante; ils paraissent vraiment décidés à faire de grands
sacrifices, et nous, on nous a livrés à nous-mêmes: de belles promesses
et quelques petits corps de troupe sont tout ce qu'on nous a donné.