(28 octobre 1796).
_Au citoyen Cacault._
Je vous fais passer un paragraphe que je reçois en ce moment du
directoire. Je vous prie, en conséquence, de commencer des ouvertures
avec le cardinal secrétaire d'état, ou de vous servir du cardinal
Mattei, qui pourra parler directement au pape. Dès l'instant que la cour
de Rome sera décidée à ouvrir une nouvelle négociation avec nous, vous
m'en ferez part, et vous pourriez venir avec le ministre qu'elle aura
nommé, dans une ville que je vous indiquerai, comme par exemple,
Crémone.
Vous pouvez donc signifier au pape que la réponse de Paris m'est
arrivée, que, par une suite des sentimens de modération qu'a adoptés le
gouvernement français, il m'a chargé de terminer avec Rome toute espèce
de différent, soit par les armes, soit par une nouvelle négociation.
Désirant donner au pape une marque du désir que j'ai de voir cette
guerre si longue se terminer, et les malheurs qui affligent la nature
humaine avoir un terme, je lui offre une manière honorable de sauver
encore son honneur et le chef de la religion. Vous pouvez l'assurer de
vive voix que j'ai toujours été contraire au traité qu'on lui a proposé,
et surtout à la manière de négocier; que c'est en conséquence de mes
instances particulières et réitérées, que le directoire m'a chargé
d'ouvrir la route d'une nouvelle négociation. J'ambitionne bien plus
d'être le sauveur du Saint-Siège, que d'en être le destructeur. Vous
savez vous-même que nous avons toujours eu des principes conformes, et
moyennant la faculté illimitée que m'a donnée le directoire, si l'on
veut être sage à Rome, nous en profiterons pour donner la paix à cette
belle partie du monde, et tranquilliser les consciences timorées de
beaucoup de peuples.
J'attends votre réponse par le retour du courrier.
Rien de nouveau des armées. L'armée de Sambre-et-Meuse s'avance sur le
Mein, et l'armée du Rhin a délivré Kelh et est absolument hors de tout
danger.